Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIEU / Nîmes fête avec Foster les 20 ans du Carré d'Art

Vingt ans déjà! Vingt ans seulement! Il y a des jours où le temps se brouille. Les touristes ont l'impression d'avoir toujours vu, ou presque, le Carré d'Art à Nîmes. Ce dernier a cependant été inauguré en 1993, alors que règne du despote maire Jean Bousquet tirait à sa fin. L'anniversaire du bâtiment, qui a plutôt bien tenu le coup physiquement, méritait une célébration. Elle se révèle plutôt originale. C'est Lord Norman Foster, l'architecte de la chose, qui sert de commissaire à la grande exposition estivale de 2013.

Mais revenons d'abord en arrière. En 1993, Bousquet, le créateur de la marque Cacharel, arrivait à la mairie, via le club de football local, dont il était devenu le président. Alors âgé de 48 ans, l'homme apportait avec lui son lot de projets mégalomanes. Le pouvoir abusif dont jouissent en France les maires allait lui permettre de les réaliser. Le Carré d'Art en faisait partie. Il fallait pour le construire démolir un beau bâtiment historique, construit au XIXe siècle pour s'accorder à la maison Carrée romaine, qui se trouvait juste en face. Ce qui fut fait.

Acier et verre

En 1993, un Norman Foster pas encore anobli par la reine, mais déjà célèbre, terminait son bâtiment d'acier et de verre, surmonté d'une terrasse paysagère. Les premières présentations de créations contemporaines pouvaient commencer, tandis que le Musée des beaux-arts sombrait dans l'oubli. En 1995, c'était la chute. Bousquet ne repassait pas la rampe, aux élections. La direction d'une des villes les plus endettées du pays tombait entre des mains de gauche. Monsieur Cacharel se voyait accusé d'abus de biens sociaux. Un an de prison ferme. C'était le temps où les ex-maires de Grenoble ou de Lyon fréquentaient aussi les geôles françaises.

Rien de tout cela ne se voit bien sûr rappelé dans l'exposition «Moving, Norman Foster on Art», qui se déroule dans les étages supérieurs du lieu culturel, face à une Maison Carrée nettoyée à neuf. Que dis-je raclée. Ses pierres antiques ressemblent aujourd'hui à une dentition de star hollywoodienne. Il y a d'ailleurs très peu de textes, vis-à-vis, dans l'exposition des 20 ans. Si peu même qu'il est possible de la traverser dans le mauvais sens. A croire que Norman Foster, qui doit un peu mélanger dans sa tête les bâtiments conçus par les 500 employés de son agence, a du mal avec sa propre architecture.

Artistes suisses en vedette

Le contenu se révèle pourtant intéressant. Et original. Il y a bien sûr des vaches sacrées, du Chinois Ai Weiwei à l'Allemand Gerhard Richter. Mais pas que ça. Le Britannique assume ses origines. Il place sous le signe de la contemporanéité Turner ou Henry Moore. Il montre aussi sa rapide adaptation à la Suisse. Le châtelain vaudois de Vincy, un bien acheté au nom de sa femme pour 56 millions en 2007, a élu un nombre impressionnant d'Helvètes. Il y a Giacometti, bien sûr, mais aussi Max Bill, Not Vital, le peintre Matias Spescha ou le sculpteur Hans Josephsohn. Les plus jeunes générations ne se voient pas oubliées. Il se trouve de la place pour le Grison Corsin Fontana comme pour le Lausannois Philippe Decrauzat. Leurs présences frappent d'autant plus qu'il faut chercher pour trouver ses noms français. Mais comme je l'ai déjà écrit, les artistes du pays voisins connaissent une peine extrême à se voir reconnus à l'étranger. Ce ne sont des (petites) vedettes que chez eux.

Pas très loin du Carré, le curieux peut enfin observer un nouveau chantier. Après des années calmes, Nîmes repart en effet pour les grandes dépenses. Un Musée de la romanité, dont l'ouverture est prévue en 2017, est à l'état de fondations à côté des Arènes. Maire depuis 2001, Jean-Paul Fournier veut aussi laisser sa trace. La chose est confiée aux architectes Elizabeth et Christian de Portzamparc, les spécialistes du tape à l’œil «made in France». Enfin, au moins, ce n'est pas du Jean Nouvel... 

Pratique

«Moving, Norman Foster on Art», Carré d'Art, 16, place de la Maison Carrée, Nîmes, jusqu'au 15 septembre. Tél. 00334 66 76 35 70, site www.nimes.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Photo (DR), le Carré d'Art, tel qu'il se voyait présenté avant son inauguration en 1993.

Prochaine chronique le mercredi 14 août. Winterthour célèbre son portraitiste Anton Graff, devenu célèbre à Dresde. L'homme est mort en 1813.

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