Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIEU / La Fondation Custodia reprend enfin vie à Paris

C'est une histoire qui finit bien. Il y en a parfois. L'an dernier, l'Institut néerlandais de Paris annonçait qu'il devait fermer, faute de fonds nationaux. Qu'allait-il advenir de la Fondation Custodia, installée dans le même immeuble (l'ancien hôtel Turgot du XVIIIe siècle), rue de Lille, à un jet de pierre de l'Assemble nationale? 

Riche de 7000 dessins anciens, 30.000 gravures et 40.000 lettres d'artistes, la Fondation tient en effet du mythe. Elle a été créée en 1947 par Frits Lugt (1884-1970), un des plus grands historiens d'art d'un XXe siècle. Le Néerlandais est connu pour son répertoire des ventes publiques de 1600 à 1925 en quatre volumes (100.000 catalogues recensés) et son inventaire des marques de collectionneurs de dessins ("le Lugt", comme on dit dans les musées), paru en 1921 et récemment complété en ligne. Lugt était très riche, dans la mesure où son épouse avait hérité d'une énorme fortune. Sa collection graphique passe ainsi pour l'une des plus belles du monde.

Collaboration avec Rotterdam 

Eh bien, qu'est-il arrivé? L'Institut a bel et bien disparu, mais la Fondation occupe la maison entière, après quelques petits travaux. Elle peut proposer une double exposition de réouverture, puisqu'elle bénéficie désormais de deux étages de salles temporaires. Toutes deux sont organisées avec la collaboration du Bojmans-van Beuningen de Rotterdam, qui possède notamment les œuvres réunies par Franz Koenigs (1881-1941), un homme dont Lugt disait qu'il "était capable de dépenser n'importe quelle somme pourvu que la feuille soit remarquable." 

Celles présentées jusqu'au 22 juin le sont toutes. "De Bosch à Blomaert" (avec un magnifique passage par Bruegel), elles illustrent le XVIe siècle flamand et hollandais, en posant un petit orteil sur le XVIIe débutant. Il n'y a là que des merveilles, le célèbre "Hibou" de Bosch servant d'accroche publicitaire. Publicité réduite, hélas! La manifestation ne se voit même pas signalée dans "Pariscope", ce qui tient de l'arrêt de mort. Seul, le bouche à oreille peut attirer du monde.

Dialogues inattendus 

Au sous-sol, un autre accrochage, intitulé "Dialogue", conduit, lui, le visiteur (il y en a tout de même!) du XVe au XXe siècle. L'idée est originale. Un dessin de la Fondation Custodia se voit à chaque fois confronté avec un autre, venant de Rotterdam. Il faut qu'il y ait un lien. Le sujet. L'époque. La couleur du papier. La technique. L'humeur. Le maître et l'élève.... Ou tout simplement la complémentarité. Deux feuilles mises côte à côte montrent ainsi la même cour de ferme, observée un jour de grand soleil par Giambattista Tiepolo vers 1750.

Pratique 

"De Bosch à Blomaert", "Dialogue", Fondation Custodia, 121, rue de Lille, Paris, jusqu'au 2 juin. Tél 00331 47 05 75 19, site www.fondationcustodia.fr Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 12h à 18h. Enorme catalogue pour l'exposition "De Bosch à Blomaert". Photo (Fondation Custodia): Le "Hibou" de Jérôme Bosch.

Ceci est un petit texte intercalaire. Mardi 8 avril, comme prévu, l'entretien avec Béatrice Helg, qui expose à Neuchâtel.

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