Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LETTRES ROMANDES / Le Prix Lipp, c'est aujourd'hui fini!

Je le sais par un courriel, lancé un peu comme une bouteille à la mer. Le Prix Lipp est mort et enterré. Il n'y aura pas d'édition 2014. "La mer encore" d'Ima Rakusa restera l'ultime ouvrage couronné. Il s'agissait là d'un roman traduit de l'allemand. Avant de disparaître complètement, cette récompense littéraire s'était en effet racornie. Sa version zurichoise ayant été supprimée, un ouvrage romand se voyait récompensé les années impaires, et une traduction les années paires.

C'est en 1988 qu'était apparu le Prix Lipp (comme le restaurant du même nom), voulu par Anton Jaeger et remis à Genève dans la Bibliothèque de la Cité. Un titre de Michel Bühler, "La parole donnée", devenait alors le premier gagnant. Vingt-cinq autres lauréats ont suivi depuis. Rappelons-en quelques un. Pascale Kramer l'emportait en 2001 pour "Les Vivants". En 2008, Daniel Maggetti triomphait grâce aux "Créatures du Bon Dieu". En 2009, c'était le tour de Charles Lewinsky avec "Melnitz". Corinne Desarzens aura été la dernière reine romande en 2012, avec "Un roi".

Un Prix et une Bourse

En 2007, le Prix Lipp, d'un montant de 10.000 francs, se dédoublait pourtant. Une "Bourse Anton Jaeger", créée en mémoire du fondateur disparu, se voyait instituée par sa veuve Solange. Il s'agissait d'encourager l'auteur d'un premier livre. Une jeune pousse, comme on dit. L'enveloppe contenait cette fois 5000 francs. Un simple coup de pouce. Mais chacun sait que nul ne vit en Suisse romande de sa littérature, même s'il ne faut pas trop se plaindre. Si le succès de Joël Dicker tient de l'heureux accident historique, une Anne Cuneo vend beaucoup. Jusqu'à 30.000 exemplaires. D'une manière générale, même si les éditeurs se déguisent en saules pleureurs, la situation reste encourageante. Un titre moyen part à quelques centaines de copies. Le même chiffre qu'en France, où le bassin de population se révèle 40 fois plus élevé. Nous demeurons un peuple de bons lecteurs.

Mais revenons au Lipp. Les membres du jury, qui planchaient sur l'édition 2014 ont été avertis "froidement, sans explication" par Frédéric Gisiger qu'elle n'aurait pas lieu. "Tous les membres sont furieux et surtout blessés de la manière dont cette décision a été prise sans les consulter." L'auteur du mail souligne que cette décision intervient au moment où Solange Jaeger a dû entrer dans une maison pour personnes âgées et déficientes. "Cette dame tenait tellement à ce prix. Elle a institué la Bourse en souvenir de son mari, dont elle voulait absolument respecter la volonté."

Le poids de Jacques Chessex

Exit donc le Lipp. Que reste-t-il au fait, en matière de lauriers romands? Plusieurs petits prix, surtout dans le canton de Vaud. Rappelons que le Salon du livre genevois a voulu créer le sien, sous l'impulsion de sa directrice Isabelle Falconnier. Mais ce n'est pas la même chose. D'abord, il s'agit d'une récompense franco-suisse, avec antenne parisienne. Ensuite, son jury se montre moins défricheur. Moins indépendant d'esprit. Et cela même si on a longtemps dit que le poids de Jacques Chessex, raminagrobis des lettres romandes, était abusif sur les décisions du Lipp. Photo (DR): Daniel Maggetti, lauréat 2008 pour "Les créatures du Bon Dieu".

Prochaine chronique le lundi 2 décembre. Le Musée Rath de Genève propose "Héros antiques". Une exposition pour le moins ambitieuse.

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