Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Les salaires stagnent, pas les dividendes

La comparaison entre l’évolution des salaires et celle des dividendes au cours de ces dernières années montre que la pire crise financière mondiale depuis les années 1930 n’a pas eu les mêmes conséquences pour tous les acteurs économiques helvétiques. Alors que les rémunérations réelles ont progressé de 0,8% en moyenne annuelle depuis 2009, les sommes versées par les sociétés cotées au SMI (l’indice des valeurs vedettes de la Bourse suisse) à leurs actionnaires ont grimpé de plus de 50%. Le taux de distribution des dividendes n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui. La tendance est identique au niveau mondial. Depuis une vingtaine d’années, les actionnaires dictent le jeu. 

L’une des plus faibles augmentations depuis 1943

Ce changement de paradigme préoccupe désormais l’Organisation internationale du travail (OIT), le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ces institutions s’inquiètent surtout des retombées négatives de la modeste hausse des salaires sur les dépenses de consommation car celles-ci sont déterminantes pour la croissance. Dans une étude publiée au début de l’été, l’OCDE estime que la reprise sera compromise dans le cas où cette situation devait perdurer.

Sur le front des rémunérations, la situation est moins alarmante en Suisse qu’à l’étranger, même si l’augmentation des salaires nominaux (+0,4%) en 2017 a été la plus faible depuis 1943 (à l’exception de 1999 et 2015). 

D’une part, leur répartition n’a guère évolué au cours des dix dernières années: l’écart entre le haut et le bas de l’échelle est resté constant. Et les salaires les plus modestes ont davantage progressé que la moyenne. Malgré son refus dans les urnes, l’initiative sur le salaire minimum a poussé les entreprises à relever leur barème. 

D’autre part, la part des salaires dans la valeur ajoutée n’a guère varié au fil du temps. De l’avis des économistes, la Suisse figure parmi les pays les plus égalitaires au niveau des revenus professionnels. Ce n’est pas surprenant. Selon l’OIT, les conventions collectives de travail (elles couvrent la moitié des travailleurs dans notre pays) permettent de contenir les disparités. A l’inverse, la répartition patrimoniale choque: environ 5% des contribuables contrôlent quelque 65% de la fortune totale. Et, comme l’a montré Thomas Piketty, plus la rémunération du capital s’accroît, plus les inégalités ont tendance à augmenter. 

Dans un contexte politique caractérisé par la montée du populisme en Europe et la perte des repères identitaires, l’accroissement des disparités de revenus et de patrimoine constitue une menace pour les démocraties.

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