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MÉDECIN ET VIGNERON, PRÉSIDENT DE TERRES DE LAVAUX À LUTRY

Après obtention d’une maturité fédérale en 1970 au gymnase de la Cité à Lausanne, Jean-Charles Estoppey obtient son diplôme de médecin à l'Université de Lausanne en 1977. Installé comme médecin de famille à Cully en 1983, il exerce désormais cette activité à 60% du temps. Depuis 1992, il a en effet partiellement repris le domaine viticole familial à Lutry, l'agrandissant progressivement, modernisant les modes de culture de la vigne, adhérant aux principes de la viticulture intégrée, élargissant l’encépagement. Depuis l’année 2000, il préside Terres de Lavaux à Lutry, avec notamment l'instauration d’une démarche qualité très incitative pour les vignerons, des changements majeurs au niveau de l’image de l’entreprise, une stratégie axée sur la clientèle privée et la restauration, et dès 2013 la mise en pratique d’un concept de viticulture biologique adaptative, non dogmatique et évolutive en fonction des connaissances les plus récentes.

Les saisons de la Vigne : le printemps et la croissance de la végétation

Après un hiver froid et très humide, en 2018, le printemps est arrivé quasiment sans transition avec un mois d’avril d’une exceptionnelle douceur et quasiment sans pluie. Le débourrement, c’est-à-dire l’apparition au sein des bourgeons jusqu’ici dormants de « pointe verte » puis des premières feuilles visibles s’est déroulé très rapidement et sans période de stagnation comme on en voit souvent lors de vagues d’air plus froid. Cette rapidité, cette régularité et l’absence de pluie ont grandement réduit le risque de maladies précoces de la vigne, comme l’excoriose due à un champignon qui s’attaque à la jeune pousse, et les dégâts dus aux chenilles (boarmie et noctuelle), qui raffolent des tout jeunes bourgeons (voir la chronique sur l’hiver de la vigne :  http://www.bilan.ch/jean-charles-estoppey/saisons-de-vigne-lhiver-grands-froids.

 

En ce début mai débute un des travaux les plus importants du vigneron, l’ébourgeonnage (« eplannage » dans le canton de Vaud). Il est l’équivalent en « vert » de la taille hivernale et consiste à éliminer manuellement les pousses surnuméraires par rapport à celles souhaitées lors du processus de la taille. En effet, en quantité très variable selon les cépages, des bourgeons jusque-là dormants, situés soit sur le tronc de la souche, soit sur les coursons de taille, peuvent se réveiller et donner de nouvelles pousses. Celles-ci, si on les laissait se développer, augmenteraient le nombre de sarments, donc le nombre de grappes, ce qui, outre une baisse de la qualité de la vendange, risquerait d’obliger le vigneron à éliminer ces grappes en juillet, surcroît de travail pénible et inutile. Selon les cépages il y aussi plus ou moins de « doubles », c’est-à-dire qu’au lieu d’une seule pousse par bourgeon, il y a 2 qui apparaissent et qui doivent être systématiquement enlevés, opération très délicate qui nécessite un doigté très fin. Si on ne les enlève pas il y aura 2 sarments sur le même bourgeon, ce qui les fragilise considérablement par rapport aux coups de vent et…. double la récolte. 

Ce travail d’ébourgeonnage prend beaucoup de temps notamment pour les cépages rouges et particulièrement les Gamaret et surtout Garanoir sur lesquels poussent souvent plusieurs dizaines de bourgeons surnuméraires. Et il nécessite des compétences particulières car le développement harmonieux du cep et de la future récolte en dépend. Pour la majorité des domaines de vignes il faut compter un bon mois de travail, entrecoupé par d’autres activités, comme les plantations des nouvelles vignes, le recourage (remplacement des ceps morts dans une vigne encore en bon état), les traitements de protection contre les maladies. C’est en effet en mai en général que débutent les attaques de mildiou puis d’oïdium, qui sont les deux maladies les plus dommageables pour la vigne. Grâce à la connaissance des cycles de reproduction de ces champignons, la station fédérale Agroscope de Changins transmet aux vignerons les informations permettant de programmer au bon moment les traitements de protection de la vigne qui ne sont toutefois que préventifs. Une fois la maladie installée il est très difficile et souvent impossible de l’éliminer. La tendance actuelle est d’utiliser au maximum des traitements biologiques, ce qui veut dire sans produits de synthèse. (cf http://www.bilan.ch/jean-charles-estoppey/bio-non-certifie-un-avenir-vin-suisse

Vers la fin du printemps se situe un autre temps fort de la culture de la vigne : les effeuilles. Celles-ci consistent à éliminer les entrecoeurs de la zone des grappes, c’est-à-dire les nouvelles feuilles qui poussent à l’intersection des feuilles existantes et du sarment, au niveau des grappes. Cette activité répétitive, pénible et qui prend beaucoup de temps, est effectuée traditionnellement manuellement, à Lavaux et dans des vignobles escarpés, par du personnel très endurant venu en général d’Italie, de France, d’Espagne ou du Portugal. Ce travail a pour but d’aérer le plus possible la zone des grappes en limitant le feuillage et donc de limiter le risque de pourriture durant l’été. Dans les vignobles mécanisables, ces effeuilles sont souvent effectuées par des machines qui tantôt aspirent et coupent les feuilles, tantôt les éliminent par chauffage, ou encore par d’autres techniques. Pour les effeuilles également, il faut du temps, souvent plusieurs semaines de dur labeur pour cette activité. 

Et on arrive à la période critique de la floraison, c’est le début de l’été, qui fera l’objet d’une prochaine chronique.

 

 

Jean-Charles Estoppey

Médecin et vigneron

Président de Terres de Lavaux

www.terresdelavaux.ch

 

 

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