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MÉDECIN ET VIGNERON, PRÉSIDENT DE TERRES DE LAVAUX À LUTRY

Après obtention d’une maturité fédérale en 1970 au gymnase de la Cité à Lausanne, Jean-Charles Estoppey obtient son diplôme de médecin à l'Université de Lausanne en 1977. Installé comme médecin de famille à Cully en 1983, il exerce désormais cette activité à 60% du temps. Depuis 1992, il a en effet partiellement repris le domaine viticole familial à Lutry, l'agrandissant progressivement, modernisant les modes de culture de la vigne, adhérant aux principes de la viticulture intégrée, élargissant l’encépagement. Depuis l’année 2000, il préside Terres de Lavaux à Lutry, avec notamment l'instauration d’une démarche qualité très incitative pour les vignerons, des changements majeurs au niveau de l’image de l’entreprise, une stratégie axée sur la clientèle privée et la restauration, et dès 2013 la mise en pratique d’un concept de viticulture biologique adaptative, non dogmatique et évolutive en fonction des connaissances les plus récentes.

Les saisons de la Vigne : l'hiver et les grands froids

Les grands froids qui ont déferlé sur nos régions en cette fin de février ont rappelé combien la nature, et particulièrement la vigne, peut s’adapter à ces conditions extrêmes. Durant l’hiver la vigne est bien sûr au repos, la sève est redescendue et attend le début du printemps pour reprendre son activité, qui se manifeste par ce qu’on appelle les pleurs de la vigne, ces gouttes de liquide clair comme de l’eau de roche qui sont les premières manifestions de son réveil. Les ceps supportent normalement bien le froid, dans certaines limites toutefois. Le danger du gel d’hiver, très différent de celui du printemps comme on le verra dans une autre chronique, apparaît aux alentours de -15 -20 degrés selon l’âge de la vigne, l’exposition au vent, et la durée de ces grands froids. Lors de ces périodes, les ceps peuvent mourir en grand nombre, comme cela avait été le cas en 1956, dernière attaque majeure qui avait touché l’ensemble des vignobles suisses. La seule solution dans cette situation est l’arrachage et le remplacement des ceps morts, avec les conséquences économiques et en terme de charge de travail qu’on peut imaginer.

Le froid, les gelées modérées surtout, ont quand même un effet très positif pour la vigne, celui de tuer ou au moins de limiter l’activité de nombreuses espèces dommageables pour la vigne comme les chenilles mangeuses de bourgeons au printemps, boarmies et noctuelles, dont les formes hivernantes se cachent en hiver sous l’écorce des ceps. Les boarmies ont des capacités de camouflage extraordinaires, pouvant prendre la forme de petites brindilles très difficiles à repérer, la meilleure façon de les débusquer étant de les toucher pour se rendre compte de leur consistance molle.

Pour limiter le risque de gel d’hiver, jusque dans les années 80, les vignerons « buttaient » la vigne, c’est-à-dire qu’ils passaient la charrue dans les rangs en automne, créant ainsi un sillon au milieu du rang et par voie de conséquence des monticules de terre sur les côtés, qui recouvraient partiellement les ceps, les protégeant du gel. Cette façon de cultiver, outre sa pénibilité surtout dans les « grosses » terres argileuses, imposait un 2ème passage, d’une charrue différente, la « débutteuse », au début du printemps, pour refermer et ré-aplanir les rangs. Les techniques d’enherbement permanent du sol, qui ont amené un meilleur équilibre nutritionnel de la vigne et la quasi-disparition des plantes indésirables et par là la diminution drastique de l’utilisation des herbicides, a conduit à l’abandon des labourages d’automne. Certains vignerons recommencent à labourer superficiellement en fin de printemps pour gérer l’enherbement et aérer le sol.

L’hiver est bien sûr la saison de la taille de la vigne, comme expliqué dans une précédente chronique publiée récemment dans ce même blog. (http://www.bilan.ch/jean-charles-estoppey/vigne-santedes-ceps).

En raison de la progressive augmentation de la taille des domaines viticoles, rentabilité oblige,

cette activité dure 3 mois environ, chaque cep nécessitant de nombreux coups de sécateur. De ce fait, le dicton qui faisait loi il y a quelques décennies, « taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars » n’a plus cours. Afin de parvenir à s’occuper de l’entier de leur domaine, les vignerons souvent ne font « que » tailler et doivent se faire aider par leurs employés qui eux extraient les sarments des fils de palissage dans lesquels ils sont souvent bien accrochés. La taille nécessite des compétences particulières si on veut que la vigne dure jusqu’à 3 voire 4 décennies. Les trajets de sève doivent être respectés, faute de quoi les cicatrices des plaies de taille provoqueront la mort du cep, risque accentué encore par les champignons qui s’insinuent par ces plaies.

Jusque dans les années 80, les sarments coupés étaient brûlés dans les vignes même, mais l’arrivée de machines permettant de les broyer a changé les habitudes. Cette évolution est très bénéfique en terme d’écologie car les laisser se décomposer sur-place représente l’équivalent du tiers de la matière organique dont a besoin la vigne sur toute une année.

On voit donc que l’activité hivernale du vigneron est pour le moins intense et ne permet que de rares moments de pause avant d’attaquer la nouvelle période de croissance végétative.

 

Jean-Charles Estoppey

Médecin et vigneron

Président de Terres de Lavaux

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