Emilyturrettini

CHRONIQUE INTERNET

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

Les réseaux sociaux et la "spirale du silence"

Du «Printemps Arabe» au mouvement «Occupy Wall Street», l'Internet s’est révélé être un outil de diffusion puissant pour l’activisme politique.

Pourtant, selon une étude publiée le 26 août par le think tank américain Pew Research Center, les réseaux sociaux auraient pour effet de tempérer la diversité d’opinions et d'étouffer le débat dans les affaires publiques.

Dans le cadre de leur recherche, 1801 adultes ont été interrogés sur une (seule) question: Que pensaient-ils des révélations d’Edward Snowden en 2013, concernant le programme de la NSA sur la surveillance des communications des citoyens américains (téléphones et e-mails)?

86% des sondés ont dit être d’accord de parler de ce sujet en personne avec leurs familles, amis ou collègues, mais seuls 42% étaient d’accord d’en débattre sur Facebook ou Twitter.

Une auto-censure qui implique que des avis ou des informations importantes ne seront pas partagés. Le professeur Keith Hampton, co-auteur de cette étude, met alors en garde contre la «spirale du silence».

La «spirale du silence» est une théorie qui se base sur le constat qu’un individu est sensible à son environnement social. Si ses opinions se retrouvent à contre-courant de l'opinion publique, il aura tendance à taire son avis.

Pour Hampton, dans le Guardian, «les réseaux sociaux offraient l’espoir d’être un nouveau forum pour encourager la prise de parole sur tous les sujets. Mais nous avons constaté le contraire. La «spirale du silence» existe aussi sur Internet».

Je ne suis pas sociologue, mais peut-être que cette étude, qui reposait sur un sujet sensible - l’espionnage par le gouvernement de ses propres citoyens - a rendu les participants particulièrement prudents quant à vouloir exprimer leur véritable opinion - sur des plateformes justement surveillées par la NSA.

Si la «spirale du silence» existe sur Internet — avoir une opinion mais ne pas oser la partager — il me semble qu’un autre danger plus grave nous guette: la pensée unique, propagée par les géants du Web. 

A force de récolter des infos sur nos intérêts par le biais de nos lectures online et en optimisant les algorithmes pour nous proposer un contenu dont les points de vue sont similaires aux nôtres, notre mode de pensée et de fonctionnement nous sont resservis comme un écho, nous confortant dans nos opinions au lieu de nous inciter à réfléchir différemment et élargir nos horizons. 

L’auteur politique Eli Pariser, dans un article du Scientific American en février 2013, met en garde contre la personnalisation des données en faisant un parallèle avec la pensée politique: ceux qui débattent uniquement avec des membres de leur propre parti, privilégiant les informations qui confirment leurs idées préconçues, deviennent de plus en plus confiants et extrêmes dans leur point de vue.

 



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