<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Les quotas ou les cupcakes

En 1994, Bilan avait réalisé sa première couverture avec une femme leader. Cette personnalité – Rajna Gibson - était alors la première femme professeur ordinaire de finance en Suisse. Problème, il n’y en a pas eu d’autres depuis. Qu’avons-nous raté ces vingt dernières années?

Où sont toutes ces étudiantes brillantes qui ne dirigent pas aujourd’hui de grandes entreprises? Le capitalisme suisse s’est spectaculairement réformé sur de nombreux plans. Mais il a complètement failli à intégrer la minorité ultracompétente que constituent les femmes.

C’est comme s’il y avait, quelque part entre Genève et Zurich, un immense cimetière secret des carrières féminines déçues. Faut-il s’en contenter et se dire que finalement «elles» ne l’ont pas vraiment voulu?

Cela est bien illustré par ce que j’appelle le syndrome du cupcake. Une femme brillante dans un milieu aisé, qui met de côté sa carrière pour avoir un enfant, reprend souvent sa vie active par une activité accessoire et fun. En général, elle fabrique des cupcakes. Un homme qui se lancerait ainsi penserait immédiatement grand. Il imaginerait une usine à cupcakes, des ventes dans le monde entier, un marketing pointu. La femme, elle, visera une production dans sa cuisine (mais pas le mercredi), de produits si possible bios avec un circuit de vente limité au voisinage qui n’en pourra bientôt plus de ces gâteaux trop sucrés. Vu qu’elle n’a pas espéré le succès, elle ne l’obtiendra pas.

Les femmes qui réussissent détestent fréquenter les clubs d’entrepreneurs réservés à leurs congénères où elles ont droit soit au discours de la femme victime, soit à celui culpabilisant de celle qui a tout accompli.

Quand vous vous êtes enfin extrait de la minorité, vous n’avez pas envie d’y retourner. Et, ainsi, les femmes qui pourraient jouer le rôle de modèle ne s’exposent pas. Sans compter que celles qui brillent jouent souvent hors catégorie. Elles réussissent dans tous les segments de leur vie, et/ou elles viennent d’ailleurs.

Au final, si on laissait aussi peu de place aux hommes moyens que nous en laissons aux femmes qui ne sont ni nulles ni géniales, l’économie suisse ne s’en remettrait pas. Il faut donc envisager les quotas pour accroître la présence des femmes aux postes de décision, au risque sinon de trahir la moitié du capital humain du pays et de se couper de précieuses compétences.

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