Olivier Fruchaud2

RESPONSABLE D'ASHOKA EN SUISSE ROMANDE

Olivier Fruchaud est responsable du développement d'Ashoka en Suisse Romande depuis octobre 2011. Il est actif dans le domaine du développement durable depuis 13 ans, en ayant travaillé au sein de différente structures, à la fois dans le secteur privé et le secteur à but non lucratif (Nations Unies, fondation). Il a lancé en 2000 l’association « Ecotour, Des Idées Plein la Terre», qui vise à identifier et analyser des initiatives innovantes pour l'environnement et il a participé à la création de l'association Sustainable Finance Geneva qui promeut la finance durable.

Ashoka est le plus grand réseau mondial d’Entrepreneurs Sociaux. Depuis 30 ans, Ashoka a identifié et sélectionné près de 3000 hommes et femmes apportant des réponses innovantes et efficaces aux grands problèmes de société : logement, nutrition, santé, droits de l’homme, éducation… L’objectif d’Ashoka est de contribuer au développement d’une société ou tout le monde est en capacité d’être acteur de changement.

www.ashoka.org

Les pauvres, un marché de 220 milliards d’euros en Europe

La Responsabilité sociale des entreprises (RSE) n’est pas pleinement satisfaisante et la philanthropie n’a qu’un faible impact à l’échelle des problèmes sociétaux mondiaux? La première non seulement n’a pas si bonne presse (accusations de « greenwashing », « socialwashing », etc.), mais souvent elle apporte encore moins que prévu en termes d’image et de cohésion internes. La seconde semble se battre à mains nues contre un tsunami (même Bill Gates et les milliards de dollars de sa Fondation ne font qu’une « différence » très relative).

Face à l’exacerbation des problématiques de la société, notamment en Europe, comment une entreprise peut-elle participer à trouver des solutions, et ainsi échapper au rôle de « télégraphiste du Titanic » qui ne peut que constater la progression de l’eau? En effet, l’aggravation de la litanie des chiffres - 12 millions d’Européens subissent un préjudice sévère lié au logement ; 11% des revenus des pauvres sont consacrés au paiement de prêts ; 60% des Français ont différé ou renoncé à des soins de santé pour raisons économiques en 2010... – doit pousser les entreprises à réagir.

Ne cédons pas à l’impuissance! De nouvelles formes de business existent, basées sur la collaboration des entreprises avec des individus connaissant parfaitement le terrain et inventeurs de solutions innovantes, les entrepreneurs sociaux[1]. Et ces formes ont la possibilité de s’épanouir dans des secteurs fondamentaux pour les populations fragiles.

C’est ce qu’éclaire l’étude « Business et Impact »[2] réalisée dans sept pays européens où les besoins essentiels des 50 millions de personnes les plus démunies sont très loin d’être satisfaits dans les secteurs du logement, de l’énergie (domicile), de la santé, de la nutrition, des services financiers et de l’emploi. Cette demande malheureusement croissante offre donc de vastes opportunités pour les entreprises. L’étude démontre en effet la réalité́ d’un marché solvable et le quantifie. Avec 18 euros par jour en moyenne, ces Européens ne dépensent pas moins de 220 milliards d’euros par an dans les pays étudiés pour se loger, se nourrir, se soigner, s’assurer ou se déplacer.

Si les entreprises s’associent à ces entrepreneurs sociaux pour relever le défi de la co-création et adapter leur offre aux véritables besoins, l’impact social s’en trouvera démultiplié, tout comme les revenus générés pour ces entreprises. Ce type de collaborations hybrides, durables parce que rentables, et porteuses et garantes d’impact social, offre aussi des opportunités d’économie significatives pour des pouvoirs publics contraints de servir toujours plus de monde avec moins de moyens. Aujourd’hui opérateurs, ils devraient devenir régulateurs et facilitateurs pour encadrer ces initiatives.



[1] Pour Ashoka, un entrepreneur social est un individu qui met ses qualités entrepreneuriales au service de la résolution d'un problème social et/ou environnemental à grande échelle. Quel que soit le domaine où il s'engage, l'Entrepreneur Social se donne comme critère majeur de réussite l'ampleur de son impact sur la société. Le terme d'Entrepreneur Social a été popularisé dans les années 1980 par Bill Drayton, le fondateur d'Ashoka.

 

[2] « Sortir de la pauvreté en inventant de nouveaux modèles à la croisée du social, du privé et du public », Janvier 2013, étude menée sur 7 pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Irlande, Pologne).

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