Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Les origines technos de la fortune

Fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg pèse 33,4 milliards de dollars.

La déferlante numérique ne fait pas que transformer la vie quotidienne ou disrupter des industries entières. Elle est à l’origine d’une immense redistribution de richesse. En 2014, 125 des 492 milliardaires américains recensés par Forbes avaient fait fortune dans la technologie. Deux fois et demie de plus que seulement deux ans auparavant! 

On sait que depuis une trentaine d’années la fortune vient de moins en moins de l’héritage et de plus en plus de l’entrepreneuriat. Un rapport que vient de publier BNP Paribas auprès de 2523 entrepreneurs (7,5 millions de dollars de fortune moyenne) dans le monde précise que si 16% ont fait fortune dans la finance et 15% dans le commerce, 24% viennent de la technologie et du logiciel.

Le numérique est le secteur où les fortunes se font le plus rapidement. Les Mark Zuckerberg (Facebook et une fortune estimée à 33,4 milliards de dollars) et autres Jan Koum (WhatsApp, 7,2 milliards), Reid Hoffman (LinkedIn, 4,1 milliards) ou Nicholas Woodman (GoPro, 3,9 milliards) se sont hissés comme des fusées au paradis de la Silicon Valley.

Au point que ce lieu est le laboratoire de la création de richesses dans le monde d’aujourd’hui. Le revenu moyen annuel dans la Silicon Valley atteint 94 000 dollars. Deux fois la moyenne des Etats-Unis (53 000 dollars)… Cela cache cependant des disparités incroyables qui forcent à se demander si la technologie n’est pas devenue un formidable moyen de concentration de la fortune.

Selon une passionnante enquête de la Technology Review un tiers des jobs de la Silicon Valley sont payés moins de 16 dollars par heure. Le taux de pauvreté dans le comté de Santa Clara – l’épicentre de la vallée - atteint 19%. Le caillassage de bus transportant des employés de Google a attiré l’attention sur ce phénomène. Parce qu’il est nouveau. Contrairement aux cycles précédents (semiconducteurs, PC), les nouvelles technologies de l’information polarisent la création de richesses.

Au sommet de l’échelle, le vainqueur prend tout. On dit bien le vainqueur, le numéro deux n’a droit à rien. Personne ne veut d’un moteur de recherche «presque aussi bien» que Google ou d’un réseau social «presque aussi bien» que Facebook. A l’autre extrémité, seuls les jobs qui ne peuvent pas être remplacés par du logiciel continuent de croître. Ce sont les fameux «services à la personne», manière élégante de nommer les «working poors».

Un certain nombre d’économistes commencent à s’intéresser au phénomène. Professeur de management au MIT, Erik Brynjolfsson explique ainsi: «Ma lecture des données est que la technologie est le facteur principal de la récente augmentation des inégalités.» Pour lui, il ne fait pas de doute que «les vainqueurs de la compétition économique ne sont plus ceux disposant de capitaux mais ceux qui ont les meilleures idées et les meilleurs modèles d’affaires pour les exécuter.»

Dans un article publié cet été Erik Brynjolfsson, l’économiste Andrew McAfee et le Prix Nobel d’économie Michael Spence affirment que «l’économie sera toujours plus dominée par les membres d’une petite élite d’innovateurs et de créateurs». La manière dont les «vieilles» fortunes se bousculent pour investir avec les membres de cette petite élite confirme que l’analyse économique se confond avec l’instinct du smart money.

La disparition de la classe moyenne dans la Silicon Valley est aussi observée de près par les milliardaires de la technologie. Ils n’ignorent pas qu’in fine c’est la clientèle de cette classe moyenne qui est la source de leur richesse. Le fait qu’en dépit de deux booms – la bulle dotcom puis celle des médias sociaux – le niveau d’emplois soit absolument stable dans la Silicon Valley excite, par exemple, leur curiosité.

Serait-ce que le niveau d’éducation de la population n’est plus en adéquation avec les besoins en termes d’employabilité que génèrent les génies de la technologie? Peut-être. Il est en tout cas frappant de voir avec quelle ferveur leur philanthropie a pris le chemin de l’éducation récemment. La vraie question n’est pas de savoir comment la technologie modifie la répartition des richesses, mais comment chacun va s’y adapter.

réactions: fabrice.delaye@bilan.ch

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