Banquiers anonymes

Bud Fox et ses acolytes dévoilent les dessous de la place financière genevoise. Ce collectif de banquiers anonymes a décidé de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Les multinationales continuent à optimiser, les gouvernements à dépenser

Avec « Swissleaks », tout était là: un effet d’annonce, 106'000 noms, 140 pays, l’International Consortium of Investigative Journalists, des enquêtes par des organismes gouvernementaux... Il ne manquait qu’une bande musicale bien musclée, deux ou trois acteurs hollywoodiens à la JCVD ou Chuck Norris, et on avait le prochain blockbuster !

Alors que l’attention s'est focalisée sur des numéros de comptes clôturés depuis plus de 10 ans et des noms bling-bling (tant aimé par un ancien président), le résultat pour les différents fiscs à travers le monde est pour ainsi dire quasi nul.

En effet, l’ensemble des données en possession du gouvernement français depuis plus de six ans a abouti à des redressements pour, soyons généreux, quelques milliards tout au plus. Un petit rappel: la dette publique de l’Hexagone dépasse les 2'000 milliards... Il va en falloir des redressements pour le boucher, ce gouffre! 

On nous explique à demi-mot, par le biais de journalistes et politiciens, que c’est à cause de ces fraudeurs si nous sommes englués dans cette crise. Disons que c’est surtout le manque de clairvoyance des gouvernements qui, comme la Cigale de La Fontaine, dépensent sans compter. Et quand l'hiver survient...

On apprend dernièrement qu' Apple a généré en Australie l'équivalent de CHF 4.3 milliards de revenus, mais la multinationale a vu son revenu net baisser à CHF 43.1 millions et n'a payé que CHF 29.6 millions d'impôts... Or, Apple détiendrait CHF 157.8 milliards de cash à l'étranger!

Kellogg's, sur un autre ton, avertit que ses profits seraient impactés par la chasse des gouvernements à l'optimisation fiscale. Toutes ces multinationales ont recours à l'optimisation fiscale, dès lors pourquoi pas les individus? En France, la balance commerciale frôle les EUR -3'500 millions à la fin février et, au journal de 20 heures, on tente d'expliquer que si l'économie de l'Hexagone est dans une telle "panade", c'est en partie à cause du secteur automobile de leur voisin trop concurrentiel et de qualité (indice: il se situe à l'est du Rhin). Encore plus fort: on apprend que la Grèce a évalué à EUR 278.7 milliards l'ensemble des réparations de guerre que l'Allemagne lui devrait depuis la fin de l'occupation nazie (la dette grecque totalise au dernier recensement EUR 321.7 milliards).

Comment sommes-nous passés du marché commun, né avec le traité de Rome en 1957, qui reposait sur l'union douanière permettant la libre circulation des produits dans la CEE, à l'Union Européenne si vertueuse qu'elle redistribue le fruit du travail des nations qui travaillent vers des pays sans aucune discipline budgétaire? 

Ils sont bien loin les critères de convergences établis lors du traité de Maastricht établissant la maîtrise de l’inflation, de la dette publique et du déficit public, qui avaient été assouplis de manière temporaire, ou devrait-on dire permanente, en 2005. Alors que l'on se focalise sur les petits fraudeurs, les multinationales continuent à optimiser, les gouvernements à dépenser sans compter en espérant tromper la plèbe en faisant croire que le problème est ailleurs.

L'utopie serait d'imaginer une taxation uniforme à travers le monde qui éviterait les entourloupes comptables permettant aujourd'hui à des milliards d'échapper au fisc des pays ou les revenus sont générés. Dessine-moi un mouton...

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