Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Les marchés financiers à l’épreuve du Vox Populi

Cette semaine va être déterminante pour la suite tant la variation de certains marchés semble déconnectée de la réalité géopolitique et sociale. J’ai toujours craint un raz-de-marée de gauche en Grèce tant la politique européenne et la finance  (et semblent encore) dans un autre monde. Les résultats sont tombés dimanche soir et Syrisa frôle la majorité absolue au Parlement Grec avec 149 sièges.

La réaction de la BCE ne s’est pas faite attendre « il est impossible d’accepter une restructuration de la dette grecque. "Il est absolument clair que nous ne pouvons approuver aucune réduction de la dette qui toucherait les titres grecs détenus par la BCE. Cela est impossible pour des raisons juridiques", a averti Benoit Coeuré dans une interview au quotidien économique allemand Handelsblatt.  « Le mandat de la BCE lui interdit de financer les Etats européens ce qui serait le cas lors d'une telle opération » auraient évoqué d'autres voix.  

Angela Merkel est restée muette après l’élection du leader du parti de gauche Syriza. Lundi, la chancelière allemande n’a pas félicité le vainqueur des élections grecques, le protocole prévoyant cela seulement quand il sera Premier ministre, a indiqué son porte-parole, Steffen Seibert…

La divergence franco-allemande est patente dans l’appréciation du vote grec, perçu par Paris comme un motif d’espoir et par Berlin comme une menace existentielle. Ici, le Parti socialiste français évoque sans ambages une possible restructuration de la dette grecque, là, le mot est tabou aussi bien pour l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel que pour le Parti social-démocrate (SPD), qui demandent la poursuite des réformes et un respect des engagements de la Grèce.

La nouvelle donne politique en Grèce est au menu de la réunion des ministres des Finances de la zone euro mais la constitution du gouvernement, présenté hier soir, confirme la tendance dure du discours de Syrisa lors de la campagne.

Réellement, la réaction des marchés, jeudi et vendredi dernier, m’a surpris car nous n’avons pas eu le fameux « Buy the rumour, Sell the news ». Il faut dire que la BCE a « surpris » tout le monde par la taille, l’ « open ended » et la « mutualisation » partielle, or les trois plus importants risk-off trades des marchés financiers étaient encore en mode « on ». Pas d’une manière exceptionnelle mais ils étaient actifs. Ces trades sont : la hausse du dollar, la baisse du taux à 10Y US et la hausse de l’or… « Cerise sur le gâteau », les banques européennes ont été le pire secteur européen vendredi…

Car après l’annonce de ce fameux QE, quel monde nous entoure ? Vendredi, tout est monté, de l’Eurostoxx50 qui a franchi en séance les 3400pts, le 10Y allemand, a testé les 0.30%, alors que l’Eurodol a franchi à la baisse les 1.1240 pour aller sur 1.11…

Dans cet océan de bien-être, qu’avons-nous autour de nous ?

-           Merkel est dans une position des plus délicate en Allemagne. Elle commence à être accusée d’avoir "lâché" la Bundesbank. Attention donc au retour de flamme dans les semaines à venir, le QE ne commence qu’en mars… 

-           La Grèce peut créer un précédent en ne voulant plus rembourser sa dette.

-           Alors que l’Arabie Saoudite est en phase de transition, le Yémen est proche de l’implosion. Les milices shiites pourraient prendre le pouvoir, rendant nerveux le Royaume qui doit composer avec la renaissance de l’Iran (à majorité shiite) dans les relations internationales.

-           En Ukraine, la ligne de front a bougé et la perte du  port de Marioupol, par l’armée ukrainienne, pourrait marquer le début de la scission du pays en deux parties. Nous en sommes à 5000 morts depuis le début du conflit…

-           En parlant de la Russie, le président de la banque VTB a déclaré à Davos que si la Russie était exclue du système de règlement SWIFT, cela s’apparenterait à un "acte" de guerre… La Russie pourrait se rapprocher de la Chine pour créer leur propre plateforme…  Le fait que S&P dégrade la note du pays à Junk, alors qu’un nouveau train de sanctions pourrait être annoncé, risque de faire passer les relations entre l’Occident et la Russie dans une autre dimension.

Mais, en effet, les PMI de la zone Euro confirment leur redressement et  Draghi a bien lancé un QE important. Cependant tous les points mentionnés ci-dessus sont complètement obérés par les marchés financiers. Enfin, le QE pourra-t'il générer des emplois aux 25% de chômeurs en Grèce, en Italie et en Espagne? A ceux-ci s’ajoutent d'ailleurs les 5.7% de chômeurs supplémentaires en France sur 2014...

Surtout, la baisse des taux des obligations des pays « Core » européens (France et Allemagne) va être compliquée à déchiffrer. En effet, pourquoi ne pas anticiper que le taux des obligations à 10 ans allemandes s’approche de 0%. Or, qu’elle en serait la raison ? La déflation ou l’effet Draghi ?

Sans conteste, la nouvelle baisse de l’Euro va largement améliorer les résultats des sociétés européennes  (surtout les exportatrices).  Cependant de mauvaises surprises comme la publication des chiffres décevants de Siemens et de Philips, hier, pourraient entacher l’optimisme des investisseurs sur l’Europe.

La qualité des résultats des sociétés américaines est correcte en surface, tant le consensus fut guidé à la baisse. Les perspectives sur le premier trimestre 2015 de certains groupes ont de quoi laisser songeur (phénomène déjà observé sur le Q1 2014), mais les chiffres d'Apple et de Yahoo devraient être des motifs de satisfaction. Cette semaine 141 firmes vont publier mais l’inquiétude des marchés actions américains est au sujet de la réunion de la FED, dont nous aurons les détails ce soir… Là encore, je suis assez effondré en regardant les commentaires sur mes écrans.  Yellen a pourtant été claire en décembre : la FED sera patiente et rendez-vous après les deux prochains meetings !!!

Les flux des investisseurs sont clairement en faveur des actifs européens (actions et obligations) depuis mi-octobre (les cours de certaines exportatrices ont progressé de 45%) et techniquement les résultats des sociétés européennes devraient bénéficier de l’effet devise.

Cependant, pour un investisseur américain (dont les performances sont calculées en USD), les indices européens ne sont repassés en performance positive que vendredi dernier. Après un an de sous-performance massive (en 2014) versus les indices américains, ces investisseurs pourraient en profiter pour réduire certaines positions sur le vieux continent. Les entreprises européennes mais surtout les Politiques européens ne peuvent décevoir sous peine de subir une lourde sanction à court terme. D’ailleurs, j’ai pu constater que des prises de bénéfices sur certaines sociétés européennes (ayant fortement progressées ces derniers mois) sont allées alimenter des achats sur des titres suisses.

A moyen terme, la baisse des cours du baril devrait dynamiser fortement la consommation mondiale, mais quid de la déflation… Affaire à suivre!

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