Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Les leaders de niveau 5

L’humilité et la détermination sont les ingrédients majeurs d’un leadership d’excellence qui permet de conduire la performance d’une entreprise vers les sommets. C’est ce que révèle une récente étude sur le leadership publiée par la Harvard Business Review.

L’enquête (hors-série automne 2016) menée par Jim Collins a duré cinq ans et a passé au crible la gouvernance de près de 1500 entreprises. Elle s’est notamment intéressée au patron qui a révolutionné Kimberly-Clark, une entreprise américaine devenue le leader mondial des produits de consommation à base de papier transformé. La société compte aujourd’hui 43.000 collaborateurs dans 37 pays, réalise un chiffre d’affaire de près de 20 milliards de dollars par an, et un quart de la population mondiale a recours à ses produits !

Darwin Smith, qui en fut le CEO de 1971 à 1991, était un homme introverti et maladroit. Il était aussi modeste qu’entêté. Il détestait la communication et fuyait les médias comme la peste. Interrogé un jour par un journaliste sur son style de management, il lui répondit : « excentrique ». Issu de milieu paysan, il était simple, voire même stoïque et spartiate, et avait travaillé pour se payer des cours du soir à l’Université de l’Indiana puis des études de droit à Harvard. A peine installé comme CEO de son entreprise, un cancer de la gorge lui fut diagnostiqué et les médecins lui annoncèrent qu’il n’avait plus qu’un an à vivre. Sans sourciller, il a redoublé de travail, et vécu encore vingt-cinq ans.

Année après année, il a relancé la société avec une détermination et une volonté de fer pour délivrer un rendement plus de quatre fois supérieur à ses concurrents. Ces deux compétences à priori paradoxales – modestie et détermination – ont permis à son entreprise d’atteindre un degré d’efficacité exceptionnelle. Ne parlant jamais ou très peu de lui-même, il était tout entier dédié à son entreprise et à ses équipes. Il était persévérant, convaincu, volontaire, presque acharné, et impavide. Pourtant personne ne connait Darwin Smith, décédé en 1995, et il en aurait été certainement ravi !

Le leadership de « niveau 5 » correspond ainsi, selon les auteurs, au niveau le plus élevé dans la hiérarchie des compétences des dirigeants qui s’inscrivent dans la durée. Outre Darwin Smith, les auteurs citent notamment Colman Mockler, PDG de Gilette durant seize ans, ou encore Georges Cain, patron d’Abott Laboratories. Abraham Lincoln était également un leader de ce type. Les niveaux inférieurs sont certes satisfaisants, mais n’ont pas la puissance de résultat du niveau 5 qui doit avoir également les compétences des autres niveaux.

  • Niveau 5. Dirigeant. S’inscrire dans la durée avec un mélange d’humilité et de détermination.
  • Niveau 4. Leader efficace. Vision claire et convaincante. Stimule ses équipes.
  • Niveau 3. Manager compétent. Organise ses équipes et ses moyens pour atteindre ses objectifs.
  • Niveau 2. Collaborateur actif. Contribue aux objectifs de l’équipe.
  • Niveau 1. Individu très compétent. Participe de manière productive grâce à son expertise.

Le niveau 5 n’est certes pas le seul requis pour qu’un leader puisse promouvoir son entreprise d’une bonne à une remarquable performance, mais c’est un élément essentiel. Le niveau 5 est-il acquis ou inné ? Selon les auteurs il y deux catégories d’individus : ceux qui ont le germe du niveau 5 en eux et ceux qui ne l’ont pas. Les leaders de niveau 5 sont  comme obsédés par ce qu’ils construisent et contribuent à créer.  Les autres sont concentrés avant tout sur la renommée, la rémunération et le pouvoir.

La détermination professionnelle est un moteur qui met tout en œuvre pour produire les meilleurs résultats sur le long terme, en dépit des obstacles et des difficultés, n’accepter rien d’autre que l’excellence, et reconnaître aux autres les mérites du succès. Dans le même temps, l’humilité est l’autre moteur indispensable pour atteindre les sommets sans jamais se mettre en avant, en s’appuyant sur son niveau élevé d’exigence et non sur son charisme, et sur ses successeurs potentiels les plus capables, précisément pour que l’excellence se poursuive.

C’est le fameux principe de la « circulation des élites » défini par le sociologue Pareto pour revigorer une société. Toute élite qui n'est pas prête à se mesurer à celles en devenir se sclérose et se condamne à la décadence. Face à ces nouveaux leaders qui souhaitent prendre la relève, la classe dirigeante en place a le choix de les combattre ou de les intégrer, jusqu'à ce qu'elle-même soit finalement défaite et remplacée. Un leader de niveau 5 s’inscrit dans la durée, mais son humilité et sa détermination le conduisent à reconnaître lui-même le moment où il doit s’effacer et passer le flambeau à son successeur.

 

 

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