Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Les hypocrites du Davos du désert

Alors qu’il semble de plus en plus certain que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi ait été assassiné dans des conditions atroces au consulat de son pays à Istanbul, les défections des grands patrons se multiplient quant à leur participation à la conférence Future Investment Initiative (FII) prévue à Ryad du 23 au 25 octobre. Une réaction bien tardive et empreinte de passablement d’hypocrisie. Cela s’applique non seulement aux acteurs économiques mais aussi politiques et médiatiques.

John Flint, le CEO d’HSBC de même que  Bill Winters celui de Standard Chartered ainsi que Tidjane Thiam (CEO du Credit Suisse) qui fait pourtant partie de l’advisory du FII ont annulé leurs venues. De même Jamie Dimon le patron de JP Morgan Chase et Larry Fink celui de Blackrock. Le fondateur du groupe Virgin Richard Branson a aussi renoncé. La liste n’est pas exhaustive on va voir dans un instant pourquoi.

Côté politique, la très prudente directrice du FMI Christine Lagarde a reporté un déplacement prévu au Moyen-Orient dans le cadre duquel elle devait participer à cette conférence mais sans donner de motifs… Enfin côté médias, The Economist, le New York Times, le Financial Times, CNN et Bloomberg ont aussi annulé.

Le problème est que cette épidémie de vertu arrive bien tard. Toutes ces personnalités – ou d’autres éminentes représentant les mêmes institutions comme le président d’HSBC Stuart Gulliver - étaient présentes et même speakers lors de la première édition de la Future Investment Initiative il y a un an.

Or, ce n’est pas comme si l’on découvrait que le royaume saoudien penche vers un autoritarisme de plus en plus décomplexé depuis l’accession au trône de Salmane ben Abdelaziz Al Saoud en janvier 2015 et de la prise de pouvoir conséquente du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Reçu comme une star au printemps dernier dans la Silicon Valley c’est quand bien ce même Mohammed ben Salmane qui conduit depuis mars 2015 les opérations militaires saoudiennes au Yémen contre les Houthis. Des bombardements qui ont fait 10 000 morts dont 2200 enfants et menace désormais 5 millions d’enfants de famines selon l’UNICEF.

Pas un des 150 speakers de Jacques Attali à Christine Lagarde (la liste complète est ici) de même que les mêmes médias qui renoncent aujourd’hui après être venu l’an dernier ne pouvait ignorer cette boucherie.  Pas plus que n’ignoraient ceux qui se sont inscrits pour cette année l’arrestation de 500 personnalités dont le prince Al Waleed et l’étrange détention/démission du premier ministre libanais Saad Hariri en fin d’année dernière ou le boycott du Canada par Ryad cet été.

Bien sûr à 80 dollars le baril, la manne pétrolière saoudienne suscite de féroces appétits. Et l’exemple du président Trump qui cherche des excuses à ses alliés et clients en armement saoudiens vient comme une justification du cynisme ambiant.

 Reste qu’en se fracturant entre ceux qui seront à Ryad et ceux qui n’iront pas, la communauté des affaires exposent l’hypocrisie qui entoure tout ce qui touche à la maison Saoud. Et son influence démesurée sur l’économie mondiale. Le pétrole cher est généralement le déclencheur d’une inflation qui force les banques centrales à monter leur taux ce qui entraine presque à chaque fois une récession…

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