Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Les Etats-Unis nouveaux générateurs d’inflation?

En écrivant ma stratégie 2018, je me suis surpris à lister les Etats-Unis en qualité de risque géopolitique. C’est une première mais ne ce n’est pas le sujet de cette chronique. Car Trump pourrait encore mettre les USA dans une situation toute nouvelle lors de son discours des Etats de l’Union le 30 janvier 2018.
 
Un peu d’histoire. Sous l’ère Obama, l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, la globalisation et le libre-échange étaient les maître-mots (ou maux pour certains). Malgré cette volonté d’accroître les échanges, la progression du commerce mondial a toujours été inférieure à sa croissance séculaire en volume, mais réellement en replis en valeur.
Les trois grandes forces déflationnistes - l’ubérisation, la robotisation et la démographie - ont tout écrasé sur leur passage. L’avènement des GAFA (Google, Facebook, Facebook, Amazon) aux USA et des BAT(Baidu, Alibaba, Tencent) en Chine ne font que confirmer l’impact de l’Internet sur nos économies. A cet égard, le blockchain va provoquer la même révolution.
 
L’administration Obama avait pris pleinement conscience des dégâts sur le commerce mondiale de ce nouveau monde, et avec l’aide de la Chine, elle a tenté, via des accords de libre-échanges, de contrecarrer l’effet déflationniste sur la valeur des échanges commerciaux par l’effet volume. De plus, géopolitiquement, les USA ne semblent à l‘aise  que dans un  monde bi-polaire. Quoi de mieux que de ce partager le monde avec la Chine dans ce cas, devant les atermoiements politiques des européens.
 
Entrons dans le vif du sujet. Trump a été élu pour sa politique America First et la sortie de TPP (accord de libre-échange avec l’Asie) et l’implosion des négociations du TIPP (accord de libre-échange avec l’Europe) ne sont que les prémices de quelque chose de plus important. En effet ces deux accords de libre-échange n’étaient que des projets, même si le TPP fut signé uniquement entre pays asiatiques. Car Trump pourrait annoncer la sortie des USA du NAFTA et la mise en place de droits douaniers spéciaux pour des biens importés de Chine.
 
A ceci s’ajoute l’étude par  l’administration Trump d’une taxe sur les ventes réalisées sur internet, avec Amazon en point de mire. Il faut garder à l’esprit que les Etats Unis ne peuvent pas financer les 1.5tn$ de trou budgétaire créé par le plan fiscal, les 18Mds$ demandés pour le renforcement des frontières (le mur à la frontière mexicaine) et le potentiel trillion (1000 Mds$) de son plan d’infrastructure. Ceci devrait empêcher Trump de casser le commerce mondial (tout en trouvant des acheteurs à ses obligations par notamment un rapprochement avec l’Arabie Saoudite). Mais rien n’est moins sûr car les taxes sont le moyen le plus simple et le plus rapide pour renflouer les casses de l’état sans augmenter sa dette. La dernière publication du déficit commercial américain record (57Mds$ au total et 275Mds$ avec la Chine) ne fera qu’accroître la volonté de Trump de sortir des accords de libre-échange (ce qui est facile) pour renégocier des accords pays par pays (plus difficile) dans un mode donnant-donnant.
 
Pour finir prenons un exemple avec le pick Ford F150. Que croyez-vous qu’il advienne à son prix de vente si tous les modèles, ou les pièces détachées,  provenant du Mexique sont taxés ou voir interdits à l’importation?
 
 
Par conséquent le discours de Trump, le 30 janvier, pourrait désigner les Etats-Unis comme le plus grand générateur d’inflation au monde et poser un problème à la FED concernant le nombre de hausse de taux pour 2018, surtout si le dollar s’affaiblit rapidement. Il faut garder à l’esprit que si la mondialisation fut le principal générateur de déflation (nourrissant les trois forces déflationnistes déjà mentionnées : ubérisation, robotisation et vieillissement de la population), une "déglobalisation" du commerce mondial pourrait générer un choc inflationniste et pas seulement aux USA. 
 
 
 

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