Les deux révolutions posthumes de Steve Jobs

Les Guignols de Canal+ avaient l’habitude de se moquer de Steve Jobs en le faisant qualifier de «révolution» le moindre changement de taille de l’écran d’un iPhone. Son successeur, Tim Cook, abuse moins du terme. En septembre dernier, il s’est même contenté d’une simple «slide» au cours de la présentation du nouveau système d’exploitation iOS7, pour annoncer iBeacon. Six mois plus tard, force est de constater que cette technologie est une révolution.

En substance, iBeacon est un protocole qui permet à un émetteur-récepteur Bluetooth Low Energy (LE) de détecter et de communiquer avec un iPhone. Il s’intègre dans n’importe quelle application. Etant donné que le signal des portables ou du GPS passe mal en intérieur, c’est déjà un progrès. En équipant, par exemple, un magasin de «beacons», d’émetteurs Bluetooth LE, il devient aussi possible de faire parvenir aux clients des coupons d’achat, des offres spéciales ou simplement de les guider dans les rayons.

Ajoutez à cela le lecteur d’empreinte digitale apparu sur l’iPhone 5S et vous avez en plus un nouveau moyen de paiement sécurisé; iBeacon met Apple en position de concrétiser la révolution longtemps attendue de l’internet des objets.

L’idée n’est, en effet, pas neuve. Cela fait plus de dix ans qu’on en parle. Elle butait sur un problème de standard technique. Les fabricants de mobiles puis de smartphones privilégiaient la solution NFC, une puce dédiée dans le téléphone. Steve Jobs a au contraire toujours obstinément refusé cette technologie, préférant systématiquement améliorer Bluetooth et le wi-fi. Tous les iPhone sortis depuis son décès en 2011 (à partir de l’iPhone 4S) sont compatibles avec la technologie iBeacon. On comprend maintenant pourquoi.

iBeacon est bien meilleur que NFC en termes de distance: 50  mètres contre 20  centimètres. Il revient aussi considérablement moins cher aux commerçants. Ils n’ont pas besoin d’étiqueter NFC leurs produits. Il leur suffit d’acheter des «beacons», des émetteurs dont la batterie dure un an et de les fixer sur un mur. Apple ne fabrique pas lui-même ces appareils. Mais avec son kit à 99  dollars pour trois beacons, le fabricant polonais Estimote fait déjà un carton.

On reconnaît le génie de Steve Jobs: simplicité du produit pour les utilisateurs et imposition d’un standard par le choix du marché et non des palabres entre industriels. Les concurrents l’ont compris. PayPal a sorti en décembre ses clés USB Beacon. Google a inclus Bluetooth LE dans la dernière version d’Android.

Tous courent derrière l’iBeacon d’Apple qui a pris comme un feu de brousse chez les commerçants américains et britanniques. Concurrencés par l’e-commerce, les marchands physiques voient dans cette technologie, qui rend mobile le monde numérique et le reconnecte au monde physique, un moyen de réinventer l’expérience utilisateur de leurs consommateurs. Et comme iTunes ou l’AppStore, iBeacon a le potentiel de générer tout un écosystème.

Naturellement, on ne manquera pas de pointer le risque de surveillance microlocale que faciliterait cette technologie. C’est oublier que Bluetooth LE ne peut accéder qu’aux informations que l’on veut bien partager. S’ajoute à cela que la surveillance n’est pas dans la philosophie d’Apple.

Une autre évolution d’iOS7, elle aussi susceptible de générer un écosystème, l’illustre AirDrop. Ce système de partage de fichiers ouvre la possibilité de créer un réseau peer to peer ou plus exactement multipair entre un nombre illimité d’iPhone via Bluetooth ou wi-fi. De facto, cela crée un mini-internet en l’absence d’infrastructure d’un opérateur de télécommunications.

L’application Firechat qui utilise AirDrop génère ce réseau gratuit échappant à toute surveillance. Là encore l’idée n’est pas nouvelle. Une telle architecture décentralisée était déjà présentée par le MIT en 2001. Avec simplicité, Apple la concrétise. C’est deux révolutions pour le prix d’une.

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