Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Les dessous fragiles de la croissance

Pour vivre heureux, vivons cachés. Cette expression est la devise d’une très forte majorité de PME de ce pays. Elles préfèrent miser sur la discrétion plutôt que sur le tapage médiatique. On ignore ainsi que plusieurs centaines d’entre elles au moins figurent parmi les leaders mondiaux dans leur domaine d’activité. Dans un environnement économique caractérisé par une conjoncture chancelante et la surévaluation du franc, elles parviennent à faire front grâce à leur capacité à innover sur la durée dans des niches très spécialisées.

Si elle perdure encore plusieurs années, la pression sur leurs marges bénéficiaires risque cependant d’entraver leur développement, et donc de réduire leur compétitivité. Le manque d’investissement, qui peut coûter cher, constitue la principale menace qui plane non seulement sur ces PME, mais aussi sur plusieurs pans de l’économie helvétique.

Les chiffres de la croissance masquent ce danger. Selon les premières indications, le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 0,9% l’an dernier. Personne ne s’attendait à une telle résilience de l’économie après l’abandon du taux plancher du franc. A y regarder de plus près, on a tort de s’en réjouir béatement. Car celle-là découle d’une inflation négative, de l’augmentation des dépenses étatiques et de la hausse de la consommation des ménages, laquelle s’explique par la poursuite de l’immigration étrangère.

La réalité est donc un peu plus inquiétante. Pour la première fois depuis 2009, la croissance nominale a baissé (-0,4%). De même, le PIB nominal par habitant stagne depuis 2011. D’après les calculs de Credit Suisse, il a lui aussi reculé de 0,4% en 2015. Du côté des exportations, la hausse des ventes de l’industrie pharmaceutique cache le recul enregistré par les autres branches, y compris par celles présentes dans les produits de haute technologie. 

Créer une banque de l’innovation

On le sait: seule l’innovation peut maintenir la Suisse dans le hit-parade des pays les plus compétitifs. Mais les efforts des entreprises privées n’y suffiront pas. Le rôle de l’Etat est aussi capital. En février 2016, le Conseil fédéral a débloqué 61 millions de francs pour soutenir les projets de PME actives à l’exportation. Puis, au début mars, le Conseil national a accepté la création d’une Agence suisse pour l’encouragement de l’innovation. 

La Confédération pourrait aller encore plus loin en donnant l’impulsion nécessaire pour la fondation d’une véritable banque de l’innovation, financée à la fois par le secteur public et des acteurs privés, ou d’une banque d’investissement et d’infrastructure, comme le propose le professeur Stéphane Garelli, spécialiste de la compétitivité des nations. 

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