Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Les dangers du confort helvétique

Repli sur soi et aversion au risque font le lit de la médiocrité. Ce postulat ne semble en rien concerner la Suisse qui affiche ces temps une santé économique éblouissante. Mais on aurait tort de se reposer sur nos lauriers. Car des indices d’effets pervers de cette insolente réussite se sont accumulés ces dernières semaines. D’abord, une étude de l’Académie suisse des sciences techniques dressait un constat alarmant au sujet des capacités d’innovation helvétiques.

Si la pharma caracole fièrement en tête des classements avec un nombre de brevets six fois supérieur au reste de l’industrie, sa réussite cache un déclin de la capacité à innover d’une part croissante de l’économie. Le rapport indique que de nombreuses PME réduisent leurs efforts en matière de R&D tant dans le pays qu’à l’étranger. L’écart se creuse entre les entreprises qui consacrent des ressources toujours plus importantes à l’innovation et celles qui y renoncent parfois complètement.

Par ailleurs, selon Boston Consulting Group, la Suisse a dégringolé du 5e au 8e rang dans le palmarès des destinations préférées des expatriés. La froideur légendaire de l’accueil helvétique est pour beaucoup dans cette glissade. Si le recul se poursuit, la Suisse risque d’être rapidement éjectée du top 10. Parallèlement, les travailleurs nationaux ne sont plus que 60% à se dire attirés par un poste à l’étranger, contre 77% en 2014.

Une apathie qui se retrouve chez les jeunes. L’OFS (Office fédéral de la statistique) nous apprend que 52% des étudiants excluent d’emblée l’idée d’effectuer une partie de leur cursus à l’étranger. Il est pourtant de notoriété publique qu’une expérience en dehors de sa zone de confort est un tremplin dans tout CV. 

Un chemin semé d’embûches

Mais comment blâmer cette frilosité au risque, qui traverse notre société? Tous les indicateurs sont au vert. Un taux de chômage au plancher (2,4 contre 5,2% en Allemagne en juillet). La conjoncture s’avère florissante avec une prévision de 2,5% de croissance pour 2018 lorsque la France plafonne à 1,8%. Et une qualité de vie parmi les meilleures au monde, comme l’attestent une multitude d’experts. Autant de facteurs qui n’encouragent guère à s’aventurer en terre inconnue.

Considérée à la fois comme objectif ultime et récompense bien méritée, la prospérité n’en est pas moins un chemin semé d’embûches. L’apathie qu’elle induit menace cependant la compétitivité helvétique à court terme. Ce n’est pas un hasard si les entrepreneurs venus d’ailleurs sont surreprésentés chez les créateurs de startups en Suisse. Pensez à MindMaze, Sophia Genetics ou encore Ava. Bercée dans son confort, la population helvétique se ménage dans la conviction que les avantages dont elle jouit lui sont dus. A tort, car rien n’est jamais dû à personne. Le danger est là. Ne nous endormons pas.

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