ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

Les Chinois ont frappé à la bonne porte

Les vannes sont ouvertes. En quelques mois, ChemChina a posé sur la table 1 milliard de francs pour les machines allemandes Krauss-Maffei, 7 milliards pour les pneus italiens Pirelli. En Suisse, après son entrée au capital du trader genevois Mercuria à hauteur de 12%, le conglomérat financé par l’Etat chinois marque un tournant historique avec le rachat de l’agrochimiste Syngenta pour 43 milliards de francs annoncé début février. Soit la plus grosse société étrangère dans le giron d’un groupe chinois et la plus importante acquisition jamais réalisée en Suisse. «Un deal entre l’Etat chinois et une compagnie helvétique», dénonce le Financial Times.

Avec quelque 110 milliards de dollars investis à l’étranger en 2015, la Chine abandonne peu à peu son rôle d’usine du monde. Son appétit du Swiss made et des industries à très haute valeur ajoutée démontre sa volonté de déployer de nouveaux standards dans ses services et produits. En mains chinoises, Eterna et Corum (horlogerie), Swissport (assistance aéroportuaire), Swissmetal Industries (métallurgie), Infront (marketing sportif) et tout récemment les bouteilles en aluminium Sigg contribuent désormais à l’internationalisation de l’Empire du Milieu.

Des investissements qui visent aussi des compétences pointues et créatrices de haute valeur ajoutée. Pour prendre des leçons managériales de haut niveau, les Chinois ont décidément frappé à la bonne porte. La gouvernance des entreprises suisses, petites et grandes, vaut cher à l’heure actuelle.

Une menace à combattre?

Face à ces rachats, les plus grandes craintes – délocalisation du savoir-faire et des emplois – sont légitimes. De plus, si la Chine bénéficie pleinement des portes grandes ouvertes du marché helvétique, fantastique tremplin pour ses activités en Europe, on peine encore à voir un retour d’ascenseur vraiment payant, notamment dans le cadre du traité de libre-échange signé en 2014.

Or des signaux positifs prouvent que la Suisse doit maintenir sa politique d’ouverture vis-à-vis de son partenaire commercial stratégique: Tasly, l’un des trois plus grands groupes pharma de l’Empire du Milieu, a ouvert son centre européen à Genève. Le groupe Fosun a désormais une antenne zurichoise, tout comme le géant China Construction Bank, alors que la Confédération se transforme en hub mondial pour le commerce du renminbi.

Pour éviter les acquisitions massives et la fuite de nos entreprises, c’est au cœur même des conditions-cadres suisses qu’il faut procéder à des réformes, pour stimuler de toute urgence le développement des tissus économiques. A l’heure où le géant Syngenta change de mains, la question n’est pas de savoir qui sera le prochain sur la liste chinoise mais comment créer – au plus vite – de nouveaux fleurons helvétiques.

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