Michel Girardin

PROFESSEUR ASSOCIÉ EN MACROFINANCE À L'UNIVERSITÉ DE GENÈVE

Economiste, puis responsable de la recherche et des investissements dans différents instituts bancaires pendant plus de 20 ans, Michel Girardin a également géré 2 fonds de placements en actions et obligations internationales ainsi qu’un fonds de Hedge Funds. Il est titulaire d’un Master of Science de la London School of Economics et d’un doctorat en Sciences économiques de l’Ecole des HEC à Lausanne, où il donne actuellement un cours en Finance pour la dernière année du Bachelor en Management. Passionné de longue date de photographie, Michel a publié en octobre 2012 « La Bourse et la vie », un recueil de portraits en texte et images de 25 personnalités du monde de la finance, dont George Soros, Alan Greenspan et Warren Buffett. En mai 2012, le magazine Bilan l’a intégré dans la liste des 300 personnalités les plus influentes du monde économique suisse.

Les bons économistes font-ils des amants en or?

J’ai découvert qu’un brillant économiste, Joseph Schumpeter, s’était fixé, au début du siècle dernier, trois objectifs pour sa vie: d’être le meilleur économiste au monde, mais aussi le meilleur cavalier au monde et… le meilleur amant au monde. A ce jour, on ignore quel était l’ordre de ses priorités. 

L’économiste autrichien avoue n’avoir connu la consécration que pour seulement deux des trois objectifs, sans préciser lesquels.

Depuis, la question me taraude: les bons économistes font-ils des amants en or? Cette question fondamentale, je l’ai posée à Nouriel Roubini, l’homme qui a été intronisé «Meilleur économiste au monde» en 2009, pour avoir averti le Congrès américain en 2007 que «le prix des maisons surfait sur une vague spéculative qui coulerait l’économie».

Sa réponse est pleine de promesses lorsqu’il me lance qu’«un économiste est une personne qui connaît 1001 déclinaisons possibles du Kâmasûtra…», mais l’espoir s’estompe rapidement lorsqu’il ajoute: «… mais qui n’a pas de petite amie.»

L’autre question fondamentale que j’ai posée à Nouriel Roubini, c’est s’il vit bien avec le sobriquet de Dr. Doom dont on l’affuble. «Il m’arrive d’être positif!», me glisse le docteur «Catastrophe». Soit. Mais aujourd’hui, c’est plutôt la soupe à la grimace que nous promet le célèbre économiste: récession mondiale, crise dans les pays émergents, éclatement de la zone euro… Face à tant de malheurs, je ne suis pas étonné qu’il réponde: «Mais dans les liquidités, mon bon monsieur!», à ma question de savoir où placer son épargne.

L’or pourrait-il profiter de cette débâcle annoncée? Que nenni. Le métal jaune devrait perdre plus de 25% à partir de son cours actuel. La raison en est que les taux d’intérêt – soit le coût d’opportunité de détenir de l’or – vont augmenter. Aux Etats-Unis, ce taux est d’environ -1,5%, lorsqu’on tient compte de l’inflation (courbe en gris sur le graphique ci-dessous). Roubini voit ce taux réel monter à 1%, et l’or filer à 1000 dollars l’once (courbe en orange).

De prédire que l’or va baisser, moi je veux bien. Mais d’en justifier le motif par une hausse de son coût d’opportunité qu’est le taux d’intérêt réel, j’ai mes doutes. Le graphique le montre bien: entre 2003 et 2006, puis entre 2008 et 2009, le taux réel a fortement augmenté, sans que cela ne casse la ruée de et vers l’or.

Baissera, montera, le métal jaune? On verra. Pour ma part, j’en garde un peu sous mon oreiller. Je ne m’attends pas à une forte hausse sur les douze prochains mois, mais j’aime bien l’idée qu’il constitue une forme d’assurance pour le cas, fort improbable mais tout aussi fortement dommageable, d’une crise monétaire généralisée. De toute façon, tant que le taux réel est négatif, la prime de cette assurance est gratuite.

Et on verra si ce ne sont pas plutôt les bons cavaliers qui font de bons amants.  

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