Mark Ditlli

RÉDACTEUR EN CHEF DE FINANZ UND WIRTSCHAFT

Mark Dittli a étudié l'économie d'entreprise à la HES de Winterthour et le journalisme à la New York University. Il rejoint le magazine économique alémanique Finanz und Wirtschaft en 2000 en tant que rédacteur à la rubrique suisse. Il devient ensuite correspondant aux Etats-Unis pendant cinq ans en charge des affaires économiques et financières. Mark est nommé rédacteur en chef du magazine en 2011.

Les banques européennes sous tension

Ces prochains mois, le système bancaire européen sera soumis à un niveau de tension élevé. Cependant, cette situation aura été provoquée délibérément: l’Autorité bancaire européenne de surveillance et la Banque centrale européenne ont décidé de soumettre le bilan des banques à examen. Le but? S’assurer qu’il est suffisamment solide pour surmonter sans dommages les failles des marchés financiers.

Il y a beaucoup en jeu. Il s’agit ni plus ni moins que de restaurer la confiance des investisseurs internationaux dans le système bancaire européen. Comparativement aux banques américaines, les instituts européens restent faiblement capitalisés, et surtout, ces dernières années, cette confiance a été profondément affectée, et cela par deux fois.

Procédons à un bref retour: en février 2009, la Banque centrale américaine et le Ministère des finances à Washington ont décidé de soumettre les principales banques américaines à un test de résistance. Celui-ci, conduit deux mois plus tard, a montré que plusieurs grandes banques étaient trop faiblement capitalisées. Celles qui n’ont pas réussi ce test de résistance ont reçu un ultimatum simple: ou elles trouvaient, dans un délai de trois mois, le capital propre manquant, ou elles étaient nationalisées de force. Toutes ont opté pour la première solution; en quelques semaines, entre mai et juin 2009, les grandes banques américaines ont levé plus de 170 milliards de capitaux propres frais à la bourse.

Ce test de résistance a été dur et impitoyable. Grâce à quoi il a atteint son objectif: le système bancaire américain en est ressorti nettement renforcé, et les marchés financiers ont repris confiance. 

Un troisième essai cet été

Une année plus tard, l’Europe s’est retrouvée dans la même situation. En mai 2010, elle a dû bricoler un premier plan de sauvetage destiné à la Grèce. En été 2010, un test de résistance censé rétablir la confiance dans la zone euro a été lancé. Mais l’exercice n’a été ni assez dur ni assez impitoyable: les deux grandes banques irlandaises, Bank of Ireland et Allied Irish Bank, ont passé le test sans problème. Quelques mois plus tard, elles ont dû être sauvées par l’Etat irlandais, avec pour conséquence que l’Irlande a nécessité elle aussi un plan de sauvetage.

Un deuxième test de résistance a suivi à l’été 2011, avec toujours les mêmes faiblesses. De façon absurde, le scénario de la défaillance d’un débiteur souverain n’a même pas été envisagé. Ainsi, la grande banque franco-belge Dexia a-t-elle passé le test sans encombre. Puis, dès l’automne, elle a dû être sauvée parce que ses pertes sur les portefeuilles d’obligations des Etats périphériques de l’Europe l’avaient rendue insolvable. Les incertitudes autour de Dexia ont alors contaminé les autres grands établissements français et le système bancaire européen a frisé l’effondrement.

Les tests européens de résistance des années 2010 et 2011 se sont avérés une farce. Alors qu’ils étaient censés améliorer la robustesse des banques et consolider la confiance des investisseurs, ils ont produit tout le contraire.

En été 2014 aura lieu un troisième test de résistance. Il semble que cette fois ce sera différent. Dès novembre, la BCE devra assumer la surveillance des grandes banques de la zone euro; la Banque centrale a tout intérêt à prouver aux marchés financiers qu’elle peut mordre. Elle doit aussi s’assurer que les banques sont solidement capitalisées avant de prendre la responsabilité de cette surveillance.

Mario Draghi, le président de la BCE, a averti à plusieurs reprises que ce test de résistance serait plus dur que ceux de 2010 et de 2011. Nous sommes curieux de voir ça. Les détails des paramètres de contrôle seront publiés en mai, et les résultats du test en automne. Si véritablement les paroles se muent en actes, alors, cet automne, il sera officiel que le déficit en fonds propres du système bancaire européen, de plusieurs centaines de milliards d’euros, est béant.

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