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BANQUIER

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Les actions américaines vivent-elles une bulle?

« You would not see stock prices in territory that suggests bubble-like conditions. »

C’est par cette phrase que Janet Yellen, future présidente de la Federal Reserve, a rassuré le marché, lors de son audition au Sénat le 14 novembre dernier. Il faut dire que la question d’une bulle sur les actions américaines fait beaucoup jaser cette fin d’année. 

Une bulle de Noël?

Une bulle spéculative est l’état d’un marché où les biens sont échangés à des prix qui dépassent outrancièrement leur valeur fondamentale. Alan Greenspan, ancien président de la Fed, avait caractérisé cet état d’ « exubérance irrationnelle » en 1996 pour définir la célèbre bulle technologique, ou Dot-Com Bubble. Lorsqu’elle avait éclaté en 2001, le NASDAQ avait chuté de 75% en trois ans, après avoir réalisé 500% de performance les cinq années précédentes.

En cette fin d’année 2013, le thème de la bulle spéculative est à nouveau d’actualité, alimenté par les impressionnantes performances des actions : le S&P 500 et le NASDAQ, notamment, ont respectivement réalisé un rendement de 31.9% et 39.6% depuis le début de l’année.

Des personnalités comme Robert Shiller, prix Nobel d’économie, ou Bill Gross, co-CIO de PIMCO, ont exprimé leurs inquiétudes quant à la formation d’une bulle sur le marché des actions américaines. D’autant plus que la liquidité artificielle introduite par la Fed depuis 2008 réveille dans les esprits certains fantômes : il n’est pas rare de voir la situation actuelle comparée aux prémisses de la crise de 1929 et de la grande dépression.

Un terme relativement démesuré

Bien qu’effectivement, il soit important de garder un regard critique sur les performances du marché, il semble que le terme de bulle soit exagéré.

Les entreprises cotées ont eu de bons résultats en 2013 : le S&P 500 affichait une croissance des profits de 6%, ce qui soutient fondamentalement les rendements.

Il est aussi important d’étudier le niveau de valorisation des indices, par exemple à travers le Price/Earnings ratio (P/E) qui représente les prix des actions d’une entreprise ou d’un indice divisé par ses profits : plus le P/E est élevé, plus une action est considérée chère. Alors qu’en 2001, au sommet de la bulle technologique, le P/E ratio du NASDAQ Composite atteignait plus de 8 fois sa moyenne des six précédentes années, il se trouve aujourd’hui juste en dessous (Cf. Graphique). Quant à elles, les primes de risques, estimées en soustrayant les taux longs des rendements moyens des actions, sont encore assez élevées pour considérer les actions comme attractives. Dans une certaine mesure, la croissance des valeurs boursières peut être considérée comme un rattrapage de la chute liée à la crise de 2007.

Du point de vue du contexte économique, la comparaison avec la crise de 1929 ou de 2000 est à prendre avec du recul: dans ces deux cas, l’économie vivait un boom de fin de cycle. Actuellement, il semble que le cycle économique américain redémarre plutôt qu’il ralentisse. Les craintes liées au stimulus monétaire de la Fed qui pourrait favoriser l’apparition d’une bulle sont fondées si celui-ci perdure sur le long-terme. Cependant, l’inflation est très basse, la croissance commence seulement à être solide et la Fed a annoncé le début du tapering le 18 décembre dernier.

En définitive, la question de la bulle des actions américaines se résume à la croyance ou non à un redémarrage de la croissance américaine. Il n’est pas incohérent de croire à une surévaluation actuelle des actions, ce qui amènera probablement à des rendements moins élevés en 2014 qu’en 2013. Mais les valorisations et le contexte économique, comme le mentionne Janet Yellen, ne plaident pas en faveur d’un scénario catastrophe pour le moment…

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