Marmierpascal

DIRECTEUR DE SWISSNEX CHINA

Après avoir passé plus de 10 ans à Boston, Pascal Marmier a récemment rejoint un autre réseau swissnex, celui de Chine basé à Shanghai. Passionné de science et d'innovation, il travaille avec son équipe à promouvoir l’excellence de la Suisse dans ces domaines, renforcer les liens académiques en Chine et créer une communauté d’innovateurs et d’entrepreneurs. Gradué de l’Université de Lausanne, Pascal a aussi suivi une formation postgrade à Boston University et obtenu un MBA de MIT. En plus de chercher les meilleurs talents en science et technologie, il essaie aussi de trouver les meilleurs endroits pour courir dans une ville à forte densité de population.

Les 5 mythes de l’innovation en Chine

Après quelques mois en Chine, comme beaucoup d’autres personnes, je me sens un peu confus. Difficile de trouver des repères, de comprendre ce qui se passe, de se sentir un peu informé. Vu depuis l’Europe ou les Etats-Unis, la Chine est à la fois source de fascination et d’inquiétude. Et s’il est un thème qui semble focaliser l’attention des politiciens et autres décideurs, c’est celui de l’innovation. Pour ce premier billet, j’ai choisi de commenter certains mythes liés à l’innovation.

  1. Imitation

Il est faux de penser que toute nouvelle idée en Chine n’est que copie de ce qui se fait ailleurs. Notamment dans le domaine de l’internet dont le développement est en plein boom…  Même si de nombreux sites ou services internet en Chine sont développés à partir d’équivalents américains, ils prennent rapidement une forme différente. Les apps pour téléphone mobile combinent fréquemment des fonctions bien connues aux USA ou en Europe (chat) avec de nouvelles fonctionnalités. Exemple: entrer en contact avec de nouvelles personnes en secouant son téléphone!

2. L’impulsion vient d’en haut

La Chine met les gros moyens pour construire un système d’innovation national avec pour objectif de générer plus de 60% de son PNB dans ce domaine. Malgré les nombreux plans stratégiques à tous les niveaux (national, provincial), il y a de plus en plus d’initiatives provenant d’individus ou d’organisations qui innovent à partir de leurs propres ressources (bottom up). Une des clés du succès futur de l’innovation sera le rôle des universités qui sont en phase de transformation avec une autonomie grandissante.

3. Peu d’entrepreneurs (high tech)

Contrairement à ce qu’on entend souvent, de nombreux Chinois possèdent d’excellentes compétences entrepreneuriales. La ville de Shanghai recensait à plus de 10,000 le nombre de startups (tous domaines confondus) créés en 2012. Dans le high tech, la plupart de ceux qui développent des sociétés en croissance ont eu des expériences à l’étranger et « ramènent » contacts et savoir-faire, notamment de la Silicon Valley. Certains vont jusqu’à parler d’une fuite des cerveaux inversée à l’instar des taiwanais qui préfèrent lancer leurs nouvelles idées depuis Pékin plutôt que Palo Alto.

 4. L’innovation se concentre dans les parcs high tech

Impossible de parler d’innovation en Chine sans mentionner les gigantesques parcs dédiés à la science et la technologie qui ont poussé aux quatre coins du pays. S’étalant souvent sur des kilomètres, ces zones de développement économique sont les lieux où on sent le phénomène de la croissance chinoise notamment les fameuses joint-ventures ou les concentrations d’entreprises dans un certain domaine (médical, environnement).  Avec l’émergence d’une classe de créatifs et d’entrepreneurs tech, de nouveaux endroits servent de lieux de rassemblement. Implantés en plein centre-ville, des accélérateurs et des endroits qui favorisent le co-sharing poussent rapidement. Les entrepreneurs profitent ainsi de partager les infrastructures ainsi que leurs expériences et contacts.

5. L’innovation reste indigène

En particulier dans le secteur internet, les sociétés à succès ont surtout conquis le marché domestique. Avec des chiffres impressionnants. Ten Cent, par exemple, est la 3ème plus large société au monde (derrière Google et Amazon) avec un revenu de 38 milliards de dollars. Avec une stratégie de plateforme et 800 millions d’utilisateurs (service de messagerie QQ), le leader de l’internet Chinois achète des compétiteurs sur des marchés clé et offrent des produits en anglais. En Suisse, c’est surtout le géant des télécoms Huawei qui fait parler de lui. Avec l’augmentation des startups et une perspective de plus en plus internationale des jeunes entrepreneurs, il ne fait nul doute que l’innovation Chinoise va façonner le paysage tech global très rapidement. Les prochains billets exploreront comment cela prend forme et ce que cela signifie pour la Suisse. 

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