Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LENS 2 / Le Louvre minier, ça marche comment?

C'est Jean-Jacques Aillagon, alors ministre de la culture (l'homme aura décidément occupé tous les postes...) qui en a eu l'idée. Il fallait donner des antennes régionales aux grands musées de la capitale. Il y a eu le Pompidou, dévolu à Metz. Restait à attribuer le strapontin de Louvre. Six villes du Nord se sont mises sur les rangs, dont Amiens et Arras. C'est Lens qui l'a emporté en 2004. La cité a dû ce choix au dynamisme de Daniel Percheron, président du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Mais pas seulement!

Le but visé était en effet culturel et social à la fois. On était au moment où Bilbao semblait sortir du marasme en Espagne grâce au Guggenheim construit par Frank Gehry. Tout le monde venait voir l'audacieux bâtiment, recouvert de feuilles métalliques évoquant les copeaux de chocolat posés sur une Schwarzwaldtorte. Or Lens était une des localités les plus sinistrées de France. Détruite pendant la guerre de 14, elle avait connu le déclin, puis l'arrêt minier. Le chômage y atteignait 20%. Lens ne comportait en plus aucun monument d'envergure, comme Arras ou Amiens. Il fallait lui donner une chance, d'autant plus que l'échafaudage financier région-Europe-ville semblait assuré.

Architectes japonais

Un concours d'architectes a été lancé pour ce musée voulu sans collections propres, mais voué aux expositions internationales et à un semi-permanent venu de Paris. Ont participé 124 bureaux. SANAA, qui n'est pas yéménite mais japonais (Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa), l'a emporté. Il y a eu beaucoup de tractations pour simplifier leur projet, qui se présente comme un ensemble de cinq bâtiments bas, dont un quart seulement (soit 7000 mètres carrés) sert à la présentation des œuvres.

Le budget n'en a pas moins pris l'ascenseur. Il a fallu une rallonge. Le coût final communiqué est de 150 millions d'euros, mais le chiffre réel, en comptant honnêtement tout, serait en fait de 201. La première pierre de l'ensemble, situé hors de ville à la place d'une ancienne fosse minière, a été posée en 2009. L'inauguration s'est déroulée le 4 décembre 2012. Il s'agit en effet du jour de la Sainte-Barbe. Une dame très active. La patronne des artilleurs et des artificiers protège aussi les mineurs.

Le temps en vedette

Posé dans une région redevenue très verte (comme naguère la Ruhr allemande), le Louvre de Lens a été confié à Xavier Detcot. A lui de faire voguer ce paquebot dont les frais de fonctionnement annuels se monteront à 15 millions d'euros. Il était prévu 700.000 personne pour les douze premiers mois. On y arrive déjà. Tout part donc bien. Les touristes belges sont très nombreux. Les gens du cru viennent en masse. On voit même des Japonais, attirés par le mot magique Louvre. La publicité est très bien faite à Paris, ce qui n'est pas le cas pour Metz à Pompidou. On met du coup en vente les maisons du voisinage, coquettement retapées.

Et quel est les résultat? Discret et transparent, le bâtiment s’intègre parfaitement dans un parc naturel. Il a ensuite été pensé. Une exception dans le monde d'égos hypertrophiés qu'est celui des architectes vedettes. Plusieurs entrées permettent de canaliser les flux. L'actuelle Galerie du Temps, qui restera en place jusqu'en 2017 avec 20% d’œuvres changées chaque année, est une séduisante salle blanche et argentée de 120 mètres de long. Des cellules rondes servent aux services. Ceux-ci comprennent aussi bien une librairie qu'une aire de pique-nique par mauvais temps.

Deux gros projets

La Galerie du Temps elle-même se révèle une bonne idée. Il s'agit d'aller en 205 œuvres, tous genres et tous pays confondus (il manque cependant l'Extrême-Orient et l'Afrique) de la préhistoire à 1850. Il y a là des pièces magnifiques. Paris n'a pas hésité à envoyer à Lens le «Balthazar Castiglione» de Raphaël ou le «Monsieur Bertin» d'Ingres. L'amateur peut même faire des découvertes. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu à Paris l'énorme relief romain provenant d'un sanctuaire de Mithra, ni le grand Dieu le père gothique.

Lens fait bien sûr des projets. L'un porte pour 2014 (année du centenaire de 1914) sur «Les désastres de la guerre». L'autre sur les Etrusques. Cette dernière idée devait aboutir. N'oublions pas que, depuis le printemps 2013, le Louvre est dirigé par Jean-Luc Martinez, l'ancien responsable des antiquités grecques, romaines... et étrusques.

Pratique

Louvre de Lens, 99, rue Paul-Bert, jusqu'au 23 septembre. Tél.00333 21 18 62 62, site www.louvre.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h, Le parc est accessible de 7h à 21h jusqu'au 15 septembre, ensuite de 8h à 19h. Photo (AFP), le bâtiment avec les jardins, destinés bien sûr à évoluer.

Prochaine chronique le mercredi 28 août. La rentrée genevoise, de l'Ariana aux Bains le 12 septembre.

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