Mark Ditlli

RÉDACTEUR EN CHEF DE FINANZ UND WIRTSCHAFT

Mark Dittli a étudié l'économie d'entreprise à la HES de Winterthour et le journalisme à la New York University. Il rejoint le magazine économique alémanique Finanz und Wirtschaft en 2000 en tant que rédacteur à la rubrique suisse. Il devient ensuite correspondant aux Etats-Unis pendant cinq ans en charge des affaires économiques et financières. Mark est nommé rédacteur en chef du magazine en 2011.

Lehman Brothers, un anniversaire frustrant

Le 15  septembre, on célébrera les cinq ans de la faillite de Lehman Brothers. L’effondrement de cette banque américaine d’investissement a failli provoquer la fusion du cœur du système financier global. Il a fallu l’intervention des banques centrales, le sauvetage de plusieurs établissements bancaires ainsi que des programmes de relance massifs en Chine, au Japon et aux Etats-Unis pour éviter le crash.

Le système financier s’est avéré terriblement fragile. Le problème était que les grandes banques avaient bâti leurs puissants bilans sur une base de fonds propres extrêmement minces. Les pertes subies dans leurs placements dévoraient leurs capitaux propres. Très vite, il est douloureusement apparu que les grandes banques n’étaient pas des entreprises normales et que, en cas de faillite, elles pouvaient se dissoudre dans des procédures de liquidation d’une durée de plusieurs mois.

Une grande banque chancelante doit pouvoir être isolée durant un week-end avec toutes ses activités globales, afin que son bilan ne se désintègre pas dans un processus chaotique et ne vienne pas contaminer le système financier tout entier. Plusieurs pays, y compris la Suisse, ont dû voler au secours des plus fragiles à un coût parfois exorbitant.

Plus jamais! Telle aurait dû être la réponse collective des gouvernements et des banques centrales. La réalité, hélas, est tout autre.

Les deux erreurs bâloises

Certes, le comité de la Banque des règlements internationaux s’est rapidement mis au travail et a adopté à fin 2010 le dispositif de Bâle III, qui exige des banques d’importance systémique un coussin de fonds propres plus élevé. Mais l’aréopage bâlois a commis deux graves erreurs. 

Premièrement, les exigences en matière de fonds propres ne sont pas assez élevées. Les banques ont réussi à convaincre une grande partie du public et des autorités qu’une couverture trop élevée en fonds propres était dangereuse pour l’économie. Leur argument? Les fonds propres coûteraient cher. Ce qui renchérirait leurs activités de prêt et freinerait par conséquent la croissance.

L’argument semble logique. Et pourtant, il est faux. Ainsi que le démontrent brillamment les deux économistes Martin Hellwig et Anat Admati dans leur dernier ouvrage The Banker’s New Clothes, si les fonds propres coûtent si cher aux grandes banques, c’est justement parce qu’elles en ont peu et que ceux-ci sont assortis d’une prime de risque élevée.

En outre, la Banque d’Angleterre a relevé dans une étude que les grandes banques bénéficiaient de coûts d’emprunt anormalement bas parce que les bailleurs de fonds savent qu’en cas d’urgence elles seraient sauvées par l’Etat. Ce n’est rien d’autre qu’une subvention du coût du capital susceptible de fausser le marché. L’argument voulant qu’une banque solidement capitalisée octroie des crédits plus chers manque donc de tout fondement économique. 

La deuxième erreur du comité bâlois a été de continuer à autoriser les banques à mesurer le niveau de leur couverture en fonds propres à l’aune de leurs actifs pondérés en fonction des risques. Il ne s’agit de rien d’autre ici que d’une croyance aveugle dans la précision mathématique des modèles de mesure du risque qui s’est avérée fatale avant la crise.

Pour changer véritablement la donne, Bâle III aurait dû aller beaucoup plus loin. Martin Hellwig et Anat Admati proposent un taux de fonds propres de 10 à 20%, calculé sur la base du rapport entre les fonds propres et le total du bilan de la banque. 

Une chose est sûre: posséder plus de fonds propres n’offre pas la garantie qu’il n’y aura plus jamais d’accident. Mais plus le bilan d’une banque contient de fonds propres susceptibles d’absorber les pertes, plus le système financier sera robuste et plus le risque de contagion sera faible en situation d’urgence.

Aujourd’hui encore, les fonds propres de la plupart des grandes banques – y compris UBS et Credit Suisse – représentent moins de 3% de leur bilan. Un système financier robuste, ce n’est pas cela. Telle est la conclusion frustrante que l’on peut tirer cinq ans après la chute de Lehman Brothers. 

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