<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Leadership=prévoir

Par leur simple capacité à envisager l'avenir, les Etats-Unis démontrent qu?ils conservent leur leadership.

Il n'y a pas eu mort d'homme. Contrairement à 1929, aucun banquier ne s?est encore précipité par la fenêtre de son bureau à Wall Street. La semaine dernière, des manifestants défilaient pourtant sur la rue de la finance avec des pancartes où il était inscrit «Jump, fuckers». Pas de rouge sur le trottoir, mais le goût de sang est dans la bouche des simples électeurs.

Comment expliquer que des plans de sauvetage qui coûtent des centaines de milliards deviennent possibles alors que des sommes beaucoup moins importantes ont été refusées à la couverture sociale généralisée aux Etats-Unis ou, par exemple ici, à des augmentations de salaire plus conséquentes? Ce n'est certes pas si simple, mais l'activisme des milieux financiers pour se sauver d'abord eux-mêmes ne donne pas les meilleurs arguments pour expliquer à M. Tout-le-monde que la pièce de théâtre qui se joue le concerne au premier chef.

Pas de mort donc dans cette crise, mais qu?en sera-t-il de la prochaine? 1929 a mené tout droit à la Seconde Guerre mondiale et l'éditorialiste du New York Times Paul Krugman rappelait récemment dans Bilan qu?un conflit peut surgir quand personne ne l'attend. C?est ce qui s?est passé en 1939-1945 après des années où le commerce battait son plein entre les Etats et que le libéralisme n'avait pas paru être arrivé à une phase plus aboutie dans l'histoire. Evidemment qu?il faut plus que jamais choisir les bons leaders dans un contexte où tout peut basculer, et l'éventualité que Sarah Palin dispose des codes nucléaires en cas de disparition d'un hypothétique John McCain président fait froid dans le dos.

La guerre reste heureusement hypothétique. Par contre, le réchauffement climatique est une réalité qui fait déjà sentir ses effets. La prochaine fois que vous verrez un «plan d'urgence» pour sauver un «monde au bord du gouffre», ce sera peut-être dans des circonstances beaucoup plus dramatiques que celles connues ces dernières semaines. La finance sous perfusion ne doit pas accaparer toutes les ressources nécessaires pour faire face à une catastrophe qui fera cette fois de vraies victimes.

Et c?est encore le leadership américain qui en impose. Dans le paquet de sauvetage des banques voté vendredi dernier, tout un chapitre de la loi sur l'énergie est passé sans trop faire de bruit. Cet arsenal de dispositions, qui favorise notamment le développement de l'énergie solaire, est susceptible d'inscrire le pays comme l'acteur majeur des clean tech, ces technologies qui préparent le monde à un avenir moins dépendant du pétrole. C?est le signe que par leur simple capacité à envisager l'avenir, les Etats-Unis conservent leur leadership. B

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Photo: Stéphane Benoît-Godet / © D.R.

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