<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Le triple A de la compétitivité

Nicolas Sarkozy a perdu les élections vendredi 13 janvier 2012 au moment où la France a perdu son triple A. Le pays du pouvoir d’achat, celui du travailler plus pour gagner plus, n’a sans doute jamais cru que Standard & Poor’s en arriverait là et, au final, les efforts du premier des Français ces dernières semaines n’auront pas suffi. L’agence de notation américaine a mis en avant la perte de compétitivité des Etats, bien plus encore que leurs défaites budgétaires, pour expliquer la dégradation de la note française.

La compétitivité! Plus personne n’en parlait en Europe ces dernières années. Les classements, que réalisent  l’IMD et le WEF, n’avaient que trop peu d’écho dans les cercles du pouvoir alors qu’ils se révèlent être des outils de premier ordre pour connaître intimement les ressorts de la croissance d’un pays. Aujourd’hui, cette vieille lune de la compétitivité se retrouve pourtant en tête des préoccupations de ceux qui sont chargés de distribuer bons et mauvais points aux Etats.

Nicolas Sarkozy ne pourra plus demander à son pays de fournir des efforts supplémentaires car la meilleure notation lui a échappé. En tant que ministre de droite et résolument proche des milieux d’affaires, il a déçu ses plus chauds partisans. Il a surtout failli dans la tâche immense qui l’attendait, moderniser le vieux pays de France. Ce fils d’immigré né après la Seconde Guerre mondiale avait fait croire au moment de sa première campagne présidentielle que sa jeunesse et sa décontraction par rapport à la réussite lui permettraient de casser le tabou français lié à l’argent et à tout ce qui touche à l’économie. Tous les rêves se sont effondrés dès l’épisode du Fouquet’s le soir de son élection et la balade sur le yacht de son ami Bolloré les jours qui ont suivi. Au lieu de mettre les enjeux économiques au centre de la discussion, il a, sans s’en rendre compte, immédiatement porté le débat sur la lutte des classes. Il n’en fallait pas plus pour  refermer violemment la fenêtre d’opportunité qui s’était brièvement ouverte.

Le parti de son concurrent le plus sérieux peut donc désormais tranquillement proposer d’avoir recours au protectionnisme, de remettre l’âge de la retraite à 60 ans et d’embaucher 300 000 fonctionnaires sans que cela ne fasse (assez) tache dans le débat public. Heureusement, François Hollande est un homme pragmatique: il fera une politique de gauche le temps que la réalité ne le rattrape et, comme Mitterrand, il changera de bord. Surtout si la poussée attendue du Front national l’oblige à ménager son centre droit. En France, seul un homme de gauche peut réaliser les réformes de droite sans mettre le pays à feu et à sang. Il faudra juste d’ici là donner un bon cours sur la compétitivité au champion du Parti socialiste.

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