ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

Le RBI n’affronte pas les vrais enjeux

L’emploi tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existera plus demain. Alors que la révolution industrielle en cours accélère son changement de paradigme, une fausse bonne solution est soumise à la votation le 5 juin prochain. 

Evidemment, l’initiative pour un revenu de base inconditionnel (RBI), qui propose une rente de 2 500 francs par mois sans aucune contrepartie, pour tous les citoyens suisses – riches et pauvres, jeunes et retraités, sans et en emploi – a de quoi susciter des vagues d’enthousiasme. Travailler moins ou plus du tout, à nous de choisir, nous promet-on. En laissant un flou autour de la question essentielle du financement, soit 200 milliards de francs par an.

Utopique, ce «revenu pour tous» démontre combien il devient pressant de réformer le monde du travail. Les rapports martèlent que des millions d’emplois sont susceptibles de disparaître d’ici à quelques années, en conséquence de l’automatisation et de la numérisation des secteurs.

Les géants de la tech ont profondément bousculé l’emploi traditionnel en créant des profils hybrides qui mélangent entrepreneurs et salariés, tandis que les modèles d’occupation professionnelle se multiplient. Travailler pour plusieurs entreprises à la fois ne serait par exemple plus une exception.

Cette nouvelle donne force le marché du travail à se flexibiliser, en incluant dans sa mutation les assurances sociales et les conditions-cadres entrepreneuriales. Tout comme le télétravail, les mandats ponctuels et le temps partiel exigent un cadre juridique réformé.

Le système que propose le RBI ne fait que contourner ces enjeux, au lieu de les affronter. Créant une économie à deux vitesses, cette rente tirera inexorablement vers le bas le niveau des salaires, puisque les employeurs se feront certainement une joie d’en déduire la somme gracieusement touchée. Question de compétitivité. 

Trop de «moins»

Ceux qui espéraient vivre mieux en travaillant moins se retrouveraient au final dans une situation plus précaire. Sans compter le cercle vicieux généré: moins de création de richesses, moins de compétitivité, moins de financement pour le RBI. En somme, trop de «moins» pour un système qui veut s’inscrire dans une vision optimiste du quotidien.

Face aux défis de l’emploi, la formation continue et ciblée constitue une arme efficace pour affronter les avancées technologiques qui rendent caduques de plus en plus vite les compétences acquises. Un diplôme qui pouvait être valide toute une vie perdrait sa pertinence en moins de dix ans.

Des enjeux que nos politiques doivent inscrire noir sur blanc dans leur agenda et que les entreprises doivent anticiper et soutenir activement à tous leurs étages.

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