<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Le printemps helvétique

En Suisse, on ne ferait soi-disant, rien comme les autres. Alors que Facebook a permis à Barack Obama de gagner les élections de 2008 en touchant les plus jeunes, que les réseaux sociaux ont emporté plusieurs dictatures lors du Printemps arabe en 2010, ici tout cela n’aurait aucun impact.

Dites Twitter ou Facebook à des gens censés être influents (patrons de presse, dirigeants de parti ou de lobby) et vous récolterez au mieux un dédain poli, au pire un air de léger dégoût.

D’autres plus malins, mieux installés dans leur époque et ses formidables opportunités, bref, tout simplement plus intelligents et curieux, ont compris que quelque chose d’énorme se passait.

Le succès de l’initiative Minder tient à beaucoup de choses. Mais quand les commentateurs politiques de l’Ancien-Monde seront encore en train de décortiquer «l’influence de la section tessinoise de l’UDC sur le PDC du Bas-Valais», le tout avec l’indispensable dose de Röstigraben (sinon il manque quelque chose dans la liste des Zutaten), alors vous qui êtes mieux informés vous comprendrez ce qui s’est vraiment passé. A savoir que Minder a aussi gagné grâce à l’activisme forcené de ses supporters sur Facebook.

En Suisse romande, ces croisés ont tout simplement fait de la politique en commentant, argumentant, «likant» ou en poussant les journalistes «officiels» à se positionner sur le sujet. Et, au final, ils ont convaincu.

Haranguer les foules, captiver un auditoire, prendre position, mobiliser des gens, cela ne se passe plus seulement dans les colonnes des quotidiens ou lors des congrès politiques. Les représentants de la vieille Suisse avaient la foule qui criait sous leurs fenêtres mais ils ne les ont pas ouvertes et sont encore moins allés dans la rue pour débattre.

Si les réseaux sociaux restent trop unilatéraux, c’est la faute au monde de l’économie.

Même le pape a un compte Twitter quand le patron de Novartis attend, lui, le PV d’une assemblée générale pour s’exprimer. Les réglementations de la bourse sur la communication seraient-elles plus contraignantes que celles de l’Eglise catholique, qui compte pourtant une communauté de 1,2 milliard d’individus (200 000 fans de plus que Facebook quand même)?

Alors, désolé, je deviens catholique et je renonce à être libéral.

 

 

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