Bernard Radon

DIRECTEUR GÉNÉRAL DE COACHING SYSTEMS SARL

"Il y a chez Bernard Radon une quête perpétuelle pour comprendre les mécanismes de la stratégie et du management. Mais comment s’y prend-t-il pour coucher sur papier ce foisonnement d’expériences d'accompagnement de cadres et de cadres dirigeants? Je crois qu’il s’amuse à noter ses idées sur un petit calepin imaginaire. Il les transcrit ensuite sur des petits morceaux d’étoffe qu’il range soigneusement dans une boîte. Et quand le besoin de publier se fait pressant, il les sort, les trie, les arrange et enfin les coud soigneusement les uns avec les autres pour en faire un patchwork très ordonné dont l’image est non seulement cohérente, mais aussi d’une pertinence logique qui interpelle ses lecteurs. Il dit d’ailleurs en substance dans ses différents livres que l’on apprend à connaître son environnement par touches successives, comme si on reliait entre eux les morceaux d’un vaste puzzle. Au final, après avoir pris du temps, acquis et comparé toutes nos connaissances, c’est l’image d’ensemble qui se dégage: les organisations humaines dans toute leur complexité".

Le pouvoir dans les organisations, qui manipule qui?

La notion de pouvoir dans les organisations a été évacuée au point que les managers ont perdu non seulement la conscience de la distance qui les sépare de leurs collaborateurs, mais aussi de l'impact qu'ils ont sur eux. La question que l'on peut se poser est "Qu'est-ce qui les a amenés à une perte de conscience de leurs pouvoirs sur les autres ?"

Première définition du pouvoir

A exerce un pouvoir sur B dans la mesure où il obtient de B une action que ce dernier n'aurait pas effectué autrement. Voilà qui a le mérite d'être clair. Mais il manque un élément et fondamental, le pouvoir de l'homme sur lui-même. Chez les Grecs, les stoïciens font la distinction des choses qui dépendent de nous et celles qui n'en dépendent pas, liées aux jugements que nous portons sur la réalité. Dans la mesure où nous sommes libres de nos opinions, nous disposons du pouvoir de penser et de maîtriser notre vie.

Les formes modernes du pouvoir

Au XXième, apparaissent trois théoriciens du pouvoir.

  • Max Weber qui distingue trois types de dominations : la pensée rationnelle qui légitime le discours, le traditionnel qui donne la légitimité et enfin le charisme, c'est-à-dire la confiance en une force héroïque qui émane de la personne-elle même.
  • Le sociologue, David Reisman (la foule solitaire, 1950), définit un homme à la fois autodéterminé, mais aussi dont le fonctionnement répond aux désirs des l'autres. Conséquence, les individus rejettent leurs intentions propres pour s'intégrer de plus en plus dans des groupes où prime le jugement d'autrui. Qui détient le pouvoir dans une société moderne ? Non plus une classe dominante, mais une série de groupes en proie à l'incertitude, se reposant sur autrui (d’où l'importance des médias… et des consultants). Facebook, n'est pas loin.
  • Michel Crozier et Edgard Friedberg démontrent que toute personne possède des micro-pouvoirs qu'elle peut utiliser et même optimiser de façon intentionnelle et égoïste et constitue une forme de contre pouvoir.

Seconde définition du pouvoir

"Agir sur autrui, c'est entrer en relation avec lui ; c'est dans cette relation que se développe le pouvoir d'une personne A sur une personne B. Le pouvoir est une relation (avec certainement une dissymétrie d'informations), mais pas un attribut des acteurs".

La crainte de faire faux

Le pouvoir est incontestablement hiérarchique, légal et charismatique (la parole et la maîtrise de soi sont deux éléments de ce charisme). Cependant, les managers évoluent dans un monde complexe et imprévisible. Les facteurs économiques et des phénomènes sociaux (micro pouvoirs, lobbies pour certains) brouillent leur visibilité et ne sont jamais certains de faire juste. La crainte de faire faux les habite car le pouvoir est devenu égalitaire, diffus et qu'ils doivent faire face à des comportements intentionnels, égoïstes et myopes. En fait, nombreux sont ceux qui n'ont pas pris conscience que leur pouvoir est leur capacité à transformer le désordre en ordre établi.

D'après J. Russ (J), Les théories du pouvoir, Livre de Poche, 1994 (épuisé)

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