Marichchristopher

CO-FONDATEUR DE MY SKY

Entrepreneur passionné, Christopher Marich est titulaire d’un diplôme de l’Ecole Hôtelière de Lausanne. Spécialisé dans le marché de l’aviation d’affaires depuis 7 ans, il est co-fondateur et directeur de la stratégie du groupe My Sky, implanté à Lausanne, Londres et Moscou qui est actif dans la gestion, l'optimisation financière et l’audit aéronautiques.

Le paradoxe du «Low Cost» dans l'aviation privée

Si je vous dis "jet privé", vous pensez probablement à stars, paillettes et champagne millésimé qui coule à flots, comme l’illustre volontiers Dan Bilzerian sur son profil Instagram.

Pourtant le marché dit de l’aviation d’affaires - ça fait plus sérieux - vit une petite révolution depuis 2008 avec comme indicateur clé, le prix.

Ne vous méprenez pas, louer un jet reste un privilège et le prix, hors actions spéciales communément appelées "empty legs" (plus à ce sujet dans un prochain post), rédhibitoire pour la plupart d’entre nous. Cependant, pourquoi un marché de niche, qui par définition est moins élastique qu’un marché de masse, est-il devenu aussi « drivé » par le prix ? Pourquoi la promotion de vols en jet se résume trop souvent à des prix barrés et des % de rabais dignes d’une vitrine les jours de liquidation ?

Le marché, auparavant sous le contrôle de quelques grands acteurs qui garantissaient un prestige, une sécurité, une réputation ainsi que le champagne susmentionné, a changé et cela pour 2 raisons principales, à mon avis :

De nouveaux avions :

Dans un climat de "cost cutting" et d’optimisation, Cessna a lancé avec un timing parfait un nouvel avion en 2008, le Mustang. Plus proche d’une Tesla Model X que de l’avion, ce petit jet 4 places a créé un nouveau segment, le Very Light Jet (VLJ). Rapidement suivi par d’autres constructeurs comme Embraer et récemment HondaJet (la similarité voiture-avion se poursuit), le marché du Very Light Jet propose de l'« avion taxi » grâce à des coûts d’opération et d’acquisition plus compétitifs que ceux des avions turbopropulseurs (à hélice). A titre d’exemple, un voyage Genève-Paris pour 2 personnes coûte en moyenne 22% de moins que chez la concurrence.

De nouveaux acteurs :

Mais 2008 et sa fameuse, et douloureuse, crise financière, ont surtout vu l’éclatement du marché, avec l’apparition d'une multitude de petits prestataires opérant des flottes de 1 à 5 avions (comparé aux 700 du leader des cartes d’heures !). Certains choisissant des modèles d’avions récents, d’autres se concentrant sur les VLJ, mais la majorité optant pour des avions plus vieux et des cabines plus petites. La constatation est évidente : sur le marché Européen du charter l’âge moyen des light jets est passé de 4.8 ans en 2010 à 7.1 ans en 2016.

Ces 2 grandes tendances ont permis d’ouvrir et de régulariser le marché de l’aviation privée en le rendant plus compétitif et abordable.

Cependant, la guerre des prix que se livrent les acteurs et intermédiaires toujours plus nombreux est, selon moi, en train de dégénérer.

Aujourd’hui la notion de prix a été tellement mise en avant dans le marché du charter qu’elle en est devenue une obsession pour beaucoup de clients, qui sacrifient confort, fiabilité et même sécurité pour économiser 1% à 5% sur le prix total d’une prestation.

Résultat, certains clients (de temps en temps sans le savoir) affrètent des avions qui ont plus de 20 ans, qui viennent de pays lointains, avec des équipages payés en-dessous du tolérable. Seriez-vous d’accord de mettre votre vie entre les mains d’un pilote sous-payé, volant souvent de (trop) longues journées, afin que les opérateurs puissent dégager une infime marge sur les vols trop bons marchés qu’ils ont vendus ?

Je suis pour le prix juste, mais selon moi le « pas cher » rime souvent avec « trop cher » et au-delà du confort qui est mis entre parenthèse, je pense que le low-cost dans ce segment représente un réel risque sécuritaire.

Cette notion de prix, encouragée par les axes ci-dessus, remplace la notion de « value for money ». Cette dernière est selon moi le vrai indicateur de la compétitivité d’une offre et inclut les 4 facteurs suivants : opérateur (historique, réputation, politique de maintenance, flotte), équipage (heures de vol, expérience, qualifications), avion (année de construction, entretien, taille de la cabine, "amenities", catering), et prix (pas besoin d’explications, nous venons d'en parler de long en large).

 

Cessna citation mustang en vol

 

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