Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Le mouvement perpétuel des marchés

Nous sommes lundi matin. Dans une semaine, c’est la rentrée scolaire. C’est normalement lundi prochain que tous vos clients qui vous ont dit que « ça ne servait à rien de les appeler pendant les vacances » seront à nouveau prêts à faire quelque chose : vous dire qu’ils ne feront de toute façon rien avant le 15 septembre.

En attendant, je suis là, assis sur ma chaise de bureau depuis deux heures à me demander si ça vaut bien la peine d’écrire quelque chose. J’ai fait le tour de Facebook: tout le monde parle de ses vacances, ou de la météo qui change. J’ai fait le tour des sites « financiers » et j’ai l’impression que l’on nous ressert à nouveau la même soupe que la semaine passée et que celle d’avant. 

Le premier titre qui m’a bluffé ce matin, c’est celui qui disait :

"Pourquoi le pétrole à 40$ est fait pour rester ?"

Ce titre débile résume tout à fait les marchés financiers de ces 12 derniers mois : on est capable de dire tout et son contraire en l’espace de quelques semaines, quand ce n’est pas en l’espace de quelques heures. Plus personne n’a honte de faire des théories à deux balles sur un sujet quelconque et de venir à la télé deux semaines après pour raconter exactement l’inverse. 

Là, nous avons une star de la finance mondiale qui nous explique pourquoi le juste prix du baril est de 40$ - alors que le même média, nous racontait il n’y a pas si longtemps que le prix correct du baril était de 100$ pour de nombreuses bonnes raisons.

Dans le même journal, on apprend aussi que même à 40$, le pétrole est encore cher, malgré qu’il est au plus bas depuis 6 ans. Mais où était ce journaliste-expert quand le baril était à 100$? Là, il n’y avait personne pour hurler au loup! 

C’est absolument phénoménal de voir à quel point nous tournons en rond sur les mêmes sujets et que plus personne n’a la moindre idée originale sur les marchés financiers. Nous sommes en train de nous embourber dans l’ennui le plus total en ressassant encore et encore les mêmes histoires.

La semaine dernière aura donc été placée sous le signe de la dévaluation du Yuan. La monnaie chinoise a donc été la preuve officielle dont nous avions besoin pour démontrer que l’économie chinoise est à la ramasse. Plus de croissance, plus de miracle économique en Asie, plus rien. La dèche totale.

Finalement, ce que l’on peut retenir de la semaine passée, c’est que globalement l’Euro est sorti vainqueur de la dévaluation, que l’or a vécu l’une de ses meilleures semaines depuis longtemps et que le pétrole et le cuivre se sont fait littéralement décimer.

Nous retiendrons aussi que le Dow Jones a donc dessiné une « Death Cross » sur son graphique (croisement des deux moyennes mobiles 50 et 200 qui signifie que l’on va tous mourir dans d’atroces souffrances) et que, malgré cela, les indices américains terminent la semaine sur une note positive.

Mais pour être franc, avec tout ce qui s’est passé la semaine dernière, on est surpris de voir que nous ne sommes pas plus avancés qu’avant, en effet :

1)   les rendements obligataires sont toujours à peu près aussi intéressants qu’une télénovela; 

2)   les actions sont toujours trop chères, mais restent la seule alternative du moment; 

3)   l’or remonte, mais à la vitesse où il remonte, il faudra attendre 27 ans pour qu’il fasse un « new high »; 

4)   le pétrole est cliniquement mort, tout le monde le savait, tout le monde sait ce qu’il vaudra dans six mois, dans six ans et dans mille ans, mais personne ne fait rien. Quand je fait le plein de ma voiture, j’ai le sentiment que l’idiot qui fait les prix dans ma station service n’a pas lu les journaux... Ou alors, c’est peut-être moi l’idiot… ça doit être moi en fait...

5)   le cash ne rapporte plus rien, voire vous devez payer votre banque qui vous fait l’honneur de le conserver dans ses coffres à un tarif qui vous permettrait de passer un week-end dans un cinq étoiles sur la Côte d’Azur; 

6)   dans une semaine, c’est la rentrée scolaire, et nous sommes tous convaincus que tout va se réveiller, mais en fait, non !

7)   cette semaine, l’Europe devrait valider son plan de sauvetage de génie pour la Grèce, mais en fait, tout le monde s’en fout.

Ce matin l’or est à 1116$, le pétrole est à 41.92$, le litre d’essence est 1.54 CHF en bas de chez moi et j’ai l’impression de me faire rouler à chaque fois. Le Nikkei est en hausse de 0.2%, le Hang Seng recule de 1%, la Chine ne fait rien. J’ai bien vérifié dans les médias qui comptent dans la finance mondiale: la Chine n’a pas re-dévalué la monnaie ce matin. Pour le moment en tous les cas.

Dans les nouvelles du jour, on apprend que le célèbre fund manager David Einhorn a réduit sa position en Apple, et en même on apprend qu’Apple travaille à fond sur une voiture qui se conduit toute seule. Petite parenthèse à ce propos : le jour où toutes les voitures se conduisent seules, je pense que le film Fast & Furious 64 sera beaucoup moins drôle.

Autrement, Gartman pense que l’or est à un tournant de sa vie et qu’il pourrait remonter. Enfin. On se demande également si la FED est capable de justifier une hausse des taux en ce moment. Les Hedge Funds se sont débarrassés de leurs positions dans Baidu et Alibaba. La Chine n’est plus vraiment populaire à l’étranger. Et puis, un analyste technique a parlé sur CNBC ce week-end: le rallye, le bull market est toujours intact.

Le Barron’s pense que le Yuan va 10% plus bas. C’est drôle, ce titre aurait été bien plus crédible il y a deux semaines. Là, ça aurait fait visionnaire. Le journal aime aussi Potash et se méfie du fait que Buffet aime IBM.

Ce matin, les futures sont légèrement plus faibles, l’Euro/$ est à 1.1089, le yen vaut 124.40, le rendement du 10 ans américain est de 2.19% et le Franc Suisse vaut 1.0846 contre Euro.

Côté chiffres économiques, nous aurons la balance commerciale en Europe et autrement nous sommes lundi et ce sera très calme. En effet, en dehors du fait que les températures sont en-dessous des normes saisonnières, c’est encore les vacances et je n’attends pas les grandes manœuvres et un intérêt débordant pour la finance ces prochains jours encore. Normalement, et selon la croyance populaire, tout va changer lundi prochain…

Vivement lundi alors !

Bon café en attendant... bon début de semaine.

À demain !

Thomas Veillet

Investir.ch                           

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."