Taissa Charlier

HEAD OF SOCIAL MEDIA, POUR DETAILS.CH

Après plusieurs années passées en tant que responsable marketing et communication tant en agence que pour des multinationales, Taïssa est actuellement Head of Social Media de l’agence conseil web details.ch. Spécialiste des communautés en ligne, blogueuse, geek en devenir, elle est fascinée par les changements sociétaux provoqués par les nouvelles technologies. Enthousiaste de nature, elle a lancé l'initiative Women in Digital Switzerland, un groupe LinkedIn qui vise à connecter toutes les femmes travaillant dans le monde du digital en Suisse. Elle rejoint désormais la communauté des blogueurs de Bilan.ch pour écrire sur les médias sociaux, ses utilisateurs, ses bienfaits et ses dérives.

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Le monde se dira OuiShare le 5 mai

Chelsea Rustrum, Auteur et Speaker, It's A Shareable Life

Dès aujourd’hui et jusqu’au 7 mai aura lieu à Paris l’un des plus grands rassemblements d’experts, entrepreneurs et enthousiastes de la « sharing economy » au monde, la OuiShareFest, au thème prometteur, ‘L’Âge des Communautés’. La sharing economy, système basé sur le partage de biens ou de services entre particuliers ou via des entreprises, est connue en Suisse grâce aux pionniers tels que mobility.ch ou Airbnb au niveau mondial  par exemple. 

OuiShare a tout d’abord été un simple groupe créé sur Facebook en 2012 par Antonin Leonard et Benjamin Tincq à l’attention des passionnés de la Sharing Economy. C’est désormais un immense réseau online et offline dans plus de 25 villes en Europe et en Amérique du Sud: une page Facebook de plus de 15 000 fans, un site et un magazine en ligne, ouishare.net, des évènements régulièrement organisés localement ou de manière plus centralisée comme la OuiShareFest. C’est aussi un formidable réseau de soutien aux nouveaux projets autour de la sharing economy, comme Collaborative Cities, un documentaire web qui retrace le parcours d’entrepreneurs et de communautés collaboratives partout en Europe.  

Nous avons eu l’opportunité d’interviewer Chelsea Rustrum, l’une des plus grandes expertes mondiales de la sharing economy qui sera présente à la OuiShareFest comme speaker. Son livre, It’s a Shareable Life: a pratical guide on sharing’ a été qualifié par Rachel Bostman, papesse de la Sharing Economy et auteure du best seller ‘What’s Mine is Yours’ comme un portrait fascinant de l’opportunité qui nous est offerte de créer un monde plus durable, […] dont l’objectif ultime ne serait plus seulement la propriété individuelle outrancière’. En 6 questions, Chelsea Rustrum nous livre son point de vue (réponses traduites de l'anglais) sur la croissance de l’économie collaborative, phénomène qui a été défini par Time Magazine comme l’une des 10 idées qui vont changer le monde dans les années à venir.

Quelles sont les principales conclusions et tendances que nous allons découvrir dans votre nouveau livre ‘It’s a Shareable Life: a practical guide on sharing’? Qu’est-ce qui fonctionne bien dans l’économie collaborative et qu’est-ce qui doit être amélioré?

It’s a Shareable Life a été écrit pour permettre aux personnes d’imaginer une nouvelle perspective de vie, plus épanouissante et plus enrichissante grâce au partage. Cet objectif est atteint en mettant en avant le quotidien de personnes impliquées dans l’économie collaborative, des guides pratiques mais aussi la vie de personnes qui ont été impactées d’une manière ou d’une autre par ce phénomène.

La sharing economy fonctionne bien dans son ensemble, cependant je crois (et j’espère) que celle-ci deviendra encore plus collaborative de l’intérieur. Les mécanismes de confiance ainsi que les monnaies pourraient fonctionner sur des plateformes et des services multiples. Ne serait-il pas formidable si nous puissions prêter notre voiture à quelqu’un et que cette personne, à l’autre bout du monde, mettait à notre disposition un endroit où dormir sans qu’aucun échange monétaire entre en considération? Nous parlerions ainsi d’un réel échange, à valeur équivalente déterminée par deux personnes qui ne se connaissaient pas avant la transaction.

Effectivement, il reste encore beaucoup de barrières législatives à dépasser. Les hôteliers et les propriétaires ne sont pas enthousiastes à propos d’Airbnb, de même les syndicats de taxis sont mécontents du fait de l’émergence de services de partage comme Sidecar, Uber et Lyft. Quand des industries réglementées s’insurgent contre des plateformes de service peer-to-peer, le conflit est prévisible et inévitable. Par exemple, des personnes sont expulsées de leur logement partout dans le monde car elles utilisent Airbnb, ce qui est techniquement illégal dans la plupart des bails. Les plateformes de co-voiturage connaissent le même sort, et sont sérieusement limitées par les autorités locales. Nous en sommes aux prémisses, et cet acharnement ne cessera pas tant que les lois ne seront pas adaptées à cette nouvelle donne et façon de mener des affaires.

Votre livre a été soutenu par une campagne de Crowdfunding sur Kickstarter. La Suisse est connue pour ses start-ups très innovantes, et beaucoup font appel à des sites de crowdfunding pour connaître une croissance plus rapide. Quelle a été votre expérience jusqu’à présent, et quels conseils leur donneriez-vous?

Les projets créatifs de crowdfunding fonctionnent particulièrement bien si vous avez un réseau qui vous apprécie et qui souhaite vous soutenir. Mon expérience est que les gens veulent sincèrement vous aider, et le crowdfunding leur donne une opportunité de le faire. Si je devais prodiguer des conseils, je leur dirais sans doute qu’il est essentiel d’avoir bien réfléchi en amont au « pourquoi » de leur projet ou de leur business. Si vous savez ce que vous faites et pourquoi vous le faites, raconter une histoire  et demander de l’aide devient beaucoup plus facile. En parlant d’histoire, créer une bonne vidéo qui expliquera où vous en êtes, les raisons pour lesquelles vous avez besoin d’aide, et ce qu’ils peuvent faire pour vous permettre de vous lancer est une excellente idée.

Je pense qu’une bonne partie du grand public ne réalise pas que le crowdfunding est non seulement un moyen intéressant de lever des fonds, mais aussi une formidable opportunité de communiquer sur votre projet et demander de l’aide. Cette aide peut revêtir diverses formes ; les personnes voudront peut-être prendre contact avec vous pour collaborer, vous donner leur avis ou vous fournir des éléments nécessaires, matériels ou non, pour vous aider à atteindre vos objectifs.

Un autre mouvement à fort potentiel, évoqué par Antonin Leonard de OuiShare est le « crowdfunding à impact local »: des communautés unissent leurs forces à un niveau micro pour construire ensemble une ville meilleure. Des entreprises comme  Spacehive en Grande-Bretagne ou  Bulb in Town en France sont des pionniers dans ce domaine ; nous percevons cette tendance comme une opportunité intéressante pour des villes suisses, qui ont une affinité culturelle forte avec des actions entreprises au niveau local. Que pouvez-nous nous dire à propos de ce mouvement et des nouveaux modèles observés dans ce domaine?

Le crowdfunding fonctionne bien dans plusieurs cas de figure. Le peuple décide de ce qui doit être construit dans ses communautés et ceci est de fait l’essence même des villes: ce sont les meilleures plateformes naturelles de partage. L’économie collaborative, et le crowdfunding en particulier, redonnent le pouvoir au peuple qui a la capacité de littéralement voter et décider grâce à sa contribution financière. Au-delà du crowdfunding, d’autres dérivés intéressants d’initiatives émanant du peuple ont été observés, sans la composante de financement, comme par exemple Neighborland

Les gouvernements commencent progressivement à percevoir la sharing economy comme une formidable opportunité  plutôt qu’une menace. Un cadre légal est ainsi donné aux particuliers, aux entreprises et aux villes. Quel est votre avis sur ce sujet?

Je pense qu’une grande partie de la population américaine par exemple n’est pas encore 100% familière et d’accord avec l’idée que le partage prendrait le dessus sur l’idée sacrée de propriété, ou encore avec la notion implicite de faire confiance à des étrangers. De grandes villes ont néanmoins beaucoup plus embrassé ces deux concepts, et des entreprises de co-voiturage comme Uber qui sont présentes dans des centaines de villes aident à créer une prise de conscience collective autour de l’économie collaborative.

En 2012 plus de 3 milliards de dollars ont été échangés via des plateformes de prêt d’argent peer-to-peer. Selon Rachel Botsman, auteure de ‘What’s Mine is Yours’ la réputation individuelle sera la monnaie du 21ème siècle, et la confiance en ligne un bien inestimable. Pourriez-vous nous expliquer comment ce nouveau paradigme s’est construit, à savoir un virage à 180° de la suspicion offline à la confiance en ligne banalisée?

Cette transition s’est opérée quand nous avons commencé à créer des profils « sociaux » qui donnent un résumé complet et parfois quotidien de ce que nous faisons et des personnes avec qui nous sommes connectées sur un plan personnel ou professionnel. Facebook, LinkedIn et Twitter en particulier ont permis la construction de systèmes de réputation ouverts qui constituent une fiche d’identité et un historique de nos comportements individuels. Personne ne veut voir sa réputation en ligne ternie par un billet de blog qui les accuse d’avoir escroqué quelqu’un, de ce fait la réputation est engendrée et nourrie par le fonctionnement naturel d’Internet.

L’anonymat en ligne n’existe plus vraiment. Nous avons créé des systèmes qui défrichent des relations potentielles, personnelles ou professionnelles, ainsi que des intérêts communs. Grâce à ces concepts, dont le but ultime est la connexion sociale accrue, nous faisons non seulement confiance à des personnes sur la base de leur réputation en ligne mais aussi à des inconnus qui interagissent avec des personnes auxquelles nous avons déjà accordé notre confiance.

Bilan Magazine soutient beaucoup les start-ups, via des initiatives comme notre propre plateforme Pepsee. Quelles start-ups sont actuellement dans votre ‘watch list’ et pour quelles raisons?

Je passe beaucoup de temps avec des start-ups dans le domaine de la sharing economy, et travaille également avec elles. Les entreprises peer-to-peer les plus intéressantes sont celles qui challengent le status quo et ce que signifie avoir une licence, une certification ou une qualification pour pouvoir vendre un service. Quand un système de réputation en ligne existe, les gens décident qui ils veulent engager. La conséquence naturelle est une réduction du nombre d’intermédiaires comme les gouvernement ou les administrations diverses qui définissaient auparavant de manière unilatérale les standards et les certifications nécessaires. Ceci change fondamentalement la façon avec laquelle nous percevons beaucoup d’industries et cette tendance est en évolution constante.

Near Me, une des entreprises avec laquelle je collabore, permet à des entrepreneurs et des marques d’aller dans ce sens. Leur logiciel est une plateforme intégrée complète pour toutes les personnes qui souhaitent créer un business dans le domaine de la sharing economy, que ce soit dans le co-voiturage, l’hébergement, le partage des repas, etc. Ceci sans avoir aucune connaissance technique informatique. Désormais, des micro-entrepreneurs peuvent non seulement travailler comme des chauffeurs, hôtes ou professeurs, mais aussi créer leurs propres plateformes de partage. La conséquence directe est la croissance exponentielle de cette économie collaborative.

A propos de la OuiShareFest:

Le collectif  OuiShare organisera dans le cadre du OuiShareFest (Paris, 5-7 mai) la 1ère semaine en France dédiée à l’économie collaborative. Le OuiShare Village à la Foire de Paris sera l’occasion pour le grand public de découvrir les opportunités qu’offre l’économie collaborative, tandis que les OuiShare Awards récompenseront les meilleurs projets d’avenir dans ce domaine. À quand une telle initiative en Suisse?

Pour en savoir plus sur Chelsea Rustrum: http://rustrum.com/

 

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