Oscar Bartolomei5

DIRECTEUR FAMILY OFFICE

Oscar Bartolomei a développé l'essentiel de sa carrière en tant que gestionnaire de fortune international à Genève. Quadrilingue, Il a travaillé pour des établissements bancaires de premier plan: Crédit Suisse, ABN Amro et Lloyds Private Banking où il était responsable Amérique Latine pour la gestion privée. Fort de cette expérience, Oscar a très vite acquis la conviction que seules les structures du type Family Office étaient à même d'offrir un service à la fois global et sur mesure à une clientèle haut de gamme. Spécialisé dans la constitution et le développement de telles structures, Oscar a ouvert un premier Family Office à Genève en 2007. Il est aujourd'hui responsable du développement d'un Family Office à Genève, expert SAQ (Swiss Association for Quality) en Certifications Conseiller Clientèle en Gestion de Fortune.

Le monde du Family office à l’ère de la digitalisation

«Les individus seront bientôt capables de gérer l’ensemble de leurs opérations bancaires par internet», Bill Gates, 1998.

Phénomène récent en Suisse, la digitalisation, dans l’industrie bancaire et dans la finance, annonce une révolution comparable à celle de l’arrivée de la première révolution industrielle au 19ème siècle avec l’arrivée des machines à vapeur. Les activités traditionnellement dévolues aux banques, comme le conseil en matière de placements, l’octroi de crédits ou les paiements, activités qui nécessitaient la présence physique d’un employé, sont peu à peu en train d’être remplacées par des applications qui vous permettent déjà depuis votre smartphone de gérer directement votre compte.  Cette révolution aura bien sûr un impact considérable sur l’activité de Family office, dernier bastion d’une approche traditionnelle, presque artisanale.

Mes contemporains se souviennent certainement des balbutiements des premiers sites d’accès aux comptes lancés par Crédit Suisse ou UBS. L’accès en était compliqué, l’utilisation était à des années-lumière d’une approche «user friendly». Et pourtant, c’était déjà une révolution: c’était la première fois qu’un client pouvait accéder directement à distance à son compte. Toutefois, il lui était impossible d’y effectuer des transactions: la communication de l’instruction du client à l’employé de banque était obligatoire. Aujourd’hui, bien sûr, ces sites ont évolué et se rapprochent de plus en plus de l’approche «geek» si familière à la génération Z, élevée aux écrans tactiles comme nous l’étions au biberon. Mais, à la grande différence de ces dernières années, les banques ne sont plus les seules sur ce marché de la digitalisation financière.

Remettre l'usager au centre

Un de mes amis, banquier et grand connaisseur du monde de la finance, Raphael Geiser, a prédit ce phénomène depuis plusieurs années. Il définit ainsi la situation actuelle de la digitalisation de la finance : « Aujourd’hui, un nombre conséquent d’intervenants qui proposent par exemple des services autonomes de gestion de fortune- les fameux robo-advisors- ne sont pas issus du monde bancaire, voire-même du monde de la finance ! Ce sont les FinTech, mélange des termes « finance » et « technologie »: ce terme désigne une start-up innovante dont la technologie a pour volonté de renouveler l’approche traditionnelle des services financiers et bancaires. Son objectif est une finance plus simple et plus accessible, au travers de services de meilleure qualité et moins chers. Avec à la clef de substantielles pertes de revenus pour les banques jusqu’alors seules sur ce marché ».

On assiste dès lors à une ubérisation du secteur financier, équivalente à celle que l’on connaît dans les transports. Plus besoin de venir du monde de la finance pour offrir des services financiers. Seule l’application que vous allez mettre en place et son coût pour l’usager entrent en ligne de compte: ce dernier est désormais prêt (voire content) à ne plus dépendre exclusivement de sa banque pour tout ce qui a trait à son argent.

Quel que soit le modèle d’affaire du Family office, il ne pourra ignorer longtemps ce changement de paradigme qui remet l’usager au centre, d’une simple touche sur son smartphone. Qu’il soit le fait d’une seule famille ou de plusieurs familles, qu’il gère ou non les fonds de ses clients, cette révolution technologique- que d’aucuns appellent déjà la 4ème révolution industrielle- bouleversera sa manière de travailler. Si les robo-advisors visent aujourd’hui une clientèle retail qui ne possède pas la surface financière pour bénéficier d’un conseil personnalisé, il n’est pas impossible que dans quelques années un client UHNWI soit à son tour séduit par une gestion faite d’algorithmes automatisés. Capables de gérer ses avoirs 24h sur 24h, de réinvestir une échéance obligataire ou de prendre la décision de liquider toute une position… Ce même client pourra aussi peut-être gérer tout son parc immobilier via une application: perception des loyers, provisions d’impôts, réserves pour rénovation. Enfin, que dire d’une application future capable de consolider absolument tout le patrimoine du client? De la science-fiction, certes, mais pas si éloignée que cela. Un client pourra, depuis la terrasse de son chalet, naviguer sur tous ses comptes bancaires, les consolider en un seul compte, puis évaluer sa collection d’art tout en faisant des projections de rendement immobilier, en suivant en même temps la construction e son yacht… Pourquoi dès lors confier son patrimoine à un Family office?

Qu’ils proviennent d’une banque ou d’une start-up, les modèles algorithmiques actuels ne sont pas sans défaut. J’en vois deux principaux. Le premier est celui de l’information stockée. Aussi sophistiquée soit-elle, aussi exhaustive soit-elle, cette dernière dépend totalement de l’homme. Qui décide quelle information doit y figurer et l’utilisation qui en sera faite par l’algorithme.  Pour peu qu’il y ait eu un oubli ou une erreur dans le processus, l’application en sera totalement tributaire. Car elle ne fait que traduire en actions des données introduites par une main humaine. Le deuxième défaut est celui de l’absence de conseil.

Offrir un conseil encore plus pointu dans des domaines «non-digitalisables»

S’il est inutile pour une application purement administrative (paiements, transferts), voire pour la gestion de « petits » comptes, il est vital dès que l’on touche à une gestion de fortune impliquant des sommes autrement plus conséquentes. Aucune application digitale n’est aujourd’hui en mesure d’offrir l’équivalent d’années d’expérience d’un gérant de fortune. C’est-là certainement le meilleur atout des banques et des sociétés de gestion pour promouvoir leur propre application. Qui mieux qu’elles peuvent par exemple vous conseiller lors d’un krach boursier? Digitalisation, oui, mais accompagnée d’un vrai conseil d’un spécialiste en chair et en os. L’application devient alors support, le binôme client/conseiller gardant toute son importance.

Fragilité de l’information, nécessité d’un conseil professionnel pour les grandes fortunes. Ces deux faiblesses des modèles digitaux actuels peuvent s’avérer d’excellentes opportunités pour les Family office du futur dans un environnement digital. Outil essentiel dans le travail d’un Family office, l’information que reçoit un client est constamment renouvelée et touche des domaines aussi divers que la fiscalité, la gestion de fortune, l’immobilier, la transmission intergénérationnelle ou la philanthropie. Mais contrairement à un algorithme, elle ne sert pas à une action instantanée. Elle sert d’appui pour l’activité de conseil, essence même de tout Family office.

Même s’il est un jour capable de naviguer d’un actif à l’autre au travers d’une application, le client d’un Family office aura toujours besoin de conseils… pour la constitution même de ces actifs. Par exemple, la consolidation des comptes bancaires d’un client est le résultat d’un contrôle sur ses frais et de la mise en œuvre de son profil d’investissement. Autre exemple: l’achat et la gestion d’immobilier de rendement obéissent à un processus de sélection longuement réfléchi. Ce sont-là des exemples d’actifs tangibles, mais que dire de l’activité de conseil en matière de succession ou de transmission  d’entreprise ? Ce sont des données aujourd’hui totalement invisibles dans un monde de digitalisation financière. Mais dont l’importance est telle qu’une intégration par le biais d’une application semble très peu probable.

La digitalisation de la finance est désormais inéluctable. Mettant à mal le monopole des banques par l’arrivée d’intervenants extérieurs, elle offre à l’usager une série d’applications financières nouvelles dont l’approche se veut plus ludique et plus accessible que le modèle jusqu’ici proposé par celles-ci. Dans le monde du Family office, versé dans le conseil sur-mesure, cette digitalisation presque standardisée sera l’occasion d’offrir un conseil encore plus pointu dans des domaines «non-digitalisables». Mais il n’est pas impossible que les Family office offrent un jour une accessibilité numérique à leurs clients. Contrairement aux applications actuelles, celle-ci devra être un pur outil de navigation permettant d’aller d’un actif à l’autre, une photographie du patrimoine du client. L’activité de conseil, elle, étant toujours exercée de manière traditionnelle.

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