<p>Journaliste</p>

Observateur toujours étonné et jamais cynique du petit monde genevois, Charles-André Aymon en tire la substantifique - et parfois horrifique - moelle depuis une quinzaine d’années. Tour à tour rédacteur en chef de GHI puis directeur général de Léman Bleu Télévision, il aime avouer à demi-mot n’avoir pas envie de se lancer en politique «parce qu’il ne déteste pas assez les gens». Ce regard mi-amusé, mi-critique permet au lecteur de passer indifféremment du détail au général et ainsi de saisir, même dans les péripéties locales, quelques-unes des ficelles qui meuvent le monde. 

Le MCG va-t-il virer Stauffer?

« Avec mon collègue et ami Eric Stauffer, je ne sais pas si j’encaisse toujours du côté positif. » Cette petite phrase a été prononcée par le président du MCG, Roger Golay, sur Lancy TV, durant l’entre-deux tour des élections municipales. Elle a ouvert un abîme sous les pas du fondateur du Mouvement citoyens genevois.

Celui-ci n’avait sans doute aucun besoin de ce croc-en-jambe. Alors que le MCG stagne pour la première fois dans les législatifs communaux, Eric Stauffer n’a pas été réélu à Onex. Par ailleurs, le tribun n’en fait pas mystère, il a été victime durant un mois d’une fièvre persistante et prend ça comme « une alerte de santé ». Il n’en fallait pas plus pour libérer la parole des militants.

Selon un cadre du parti, « Stauffer nous a longtemps menés à la victoire, mais ça n’est plus lui qui fait tourner la machine ». Plus libre de ses mots, un élu assure même: « Quelques-uns ne comprennent pas qu'une certaine mentalité qui a fait le succès du parti doit changer sous peine de voir disparaître le MCG. » Un missile qui vise principalement les propos outranciers sur les frontaliers proférés par Eric Stauffer à Onex et la campagne kamikaze de Thierry Cerutti à Vernier.

De fait, ce dimanche à Uni Mail, durant la présentation des résultats du 2e tour, le président d’honneur a paru bien seul. Généralement accompagné d’une petite cour de porte-flingues, il a répondu aux sollicitations des journalistes en laissant paraître le vide qui l’entourait.

Pour un MCG de vieille souche, les choses devraient même aller plus loin: « Sans vouloir rapprocher les deux mouvements, force est de constater que Marine Le Pen a mis 30 ans à se débarrasser de son père. Nous, nous devrons agir plus vite. » Car pour ces putschistes en puissance, la chose est entendue: « Tant que Stauffer incarnera le MCG, nous ne pourrons conclure d’alliances larges et les portes des exécutifs nous resteront fermées. »

Interrogé, Eric Stauffer reste fidèle à la ligne: « Au MCG, on ne se prostitue pas pour garder un siège ou l’acquérir. » Il qualifie au passage ces dissensions de « grosses conneries », assurant qu’après la réunion du parti, lundi soir, « l’ambiance est au beau fixe » et que « tout est rentré dans l’ordre ». Pour le tribun d’ailleurs, le parti - désormais en phase de consolidation - a produit d’excellents résultats.

La contestation semble ainsi couverte par la grosse voix du tribun. Mais jusqu’à quand? Interrogé sur sa maladie, M. Stauffer assure qu’elle a été « un avertissement » et qu’«il n’envisageait plus de faire de la politique comme durant ces huit dernières années » ajoutant encore qu’il « n’irait pas au-delà de ses 55 ans ». Au MCG, il reste donc cinq ans pour tuer le père.

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