Koppel Peter

COFONDATEUR DU FORUM PME/KMU

Dans les années 80, Peter Köppel est chargé de cours en littérature française et comparée à l’Université de Zurich. Après une formation en analyse politique internationale, il devient consultant en entreprise à Saint-Gall. Il participe également à la rédaction du Livre blanc de David de Pury. En 1996, Peter fonde une agence de communication à Zurich. En 2009, il est l’initiateur et le coorganisateur du Forum PME/KMU pour le rapprochement alémanico-romand dans l'économie.

Le marché romand, trop étroit pour vous? Passez à l’offensive!

Les entreprises baignent dans la société - un melting pot de langues et de cultures à l’époque de la mondialisation accélérée, car digitale. Nous voici confrontés à un monde plurilingue et multiculturel, jusque dans la dernière vallée de nos alpes, nous, entrepreneurs, employés, clients, bref: nous, les acteurs économiques. C’est notre bain quotidien

Dans ce milieu complexe qui est désormais le nôtre, les réducteurs n’avanceront en rien. Réduire tout à l’anglais? Vous n’atteindrez pas votre client, ni vos collaborateurs. Votre fournisseur, peut-être, car il veut vous vendre quelque chose. Alors, rester chez soi, dans sa propre région, pour ne parler que sa langue? Mais êtes vous sûr que c’est bien le français que l’on parle partout en Suisse romande? Une majorité, évidemment, mais cela vous suffit-il?

Il y en a à qui le marché romand ne suffit plus, qui ressentent le besoin d’étendre leurs activités au-delà. Mais là où une majorité parle votre langue, au-delà de votre région, c’est l’étranger, avec des conditions-cadre bien différentes, ce qui fait redoubler les frais de transaction. Et là où ce n’est pas l’étranger, au-delà de votre région, la majorité ne parle pas votre langue, d’où un effet parfaitement similaire quant aux frais de transaction. Vous voilà pris dans le piège d’un marché trop étroit. 

J’identifie trois facteurs qui vous empêchent de vous lancer dans une autre région linguistique du pays pour y chercher des clients, des fournisseurs, des collaborateurs, des coopérations, et cela malgré des distances courtes et des conditions-cadre identiques: obstacle no 1: la barrière linguistico-culturelle, obstacle no 2: le manque de réseau, et, en fin de compte, l’obstacle no 3, conséquence de ceux qui précèdent: les coûts redoublés.

Cependant, tandis que vous hésitez encore, votre marché s’avère de plus en plus perméable à l’afflux de produits et de services exogènes, et vous voilà amené à constater, avec quelque étonnement peut-être, que non seulement vos collaborateurs, mais aussi les consommateurs forment des ensembles de plus en plus colorés, linguistiquement et culturellement parlant. 

On n’en finit pas avec cette situation, inconfortable, il est vrai, à coup de votations rétrogrades telle que celle contre l’immigration dite de masse, puisque c’est détruire la base même de notre modèle d’affaires à tous. Je doute fort que l’on en sorte indemnes, de celle-là.

Mon conseil: Au lieu de rester tassé dans un coin de plus en plus exposé à la concurrence déchaînée des places et régions économiques, vous avez meilleur temps de passer à l’offensive. 

Quelle offensive? Eh bien: celle qui consiste à jeter l’ancre dans une autre région linguistique du pays. Mais quid des obstacles sus-nommés, alors? 

Il y a plus de dix ans, j’ai aidé un entrepreneur valaisan actif dans l’aménagement de l’intérieur à prendre pied dans la région de Zurich. Comment? Par le biais d’une coopération qui a débouché sur une fusion. Aujourd’hui, la production est en Suisse romande, mais la vente se fait en bonne partie dans le bassin Zurichois. La méthode: jeter l’ancre dans l’autre région, y établir un second pilier, puis relier le pilier d’origine avec l’autre, et voilà le pont qui est construit. 

Du coup, vous avez surmonté les trois obstacles mentionnés ci-dessus: le no 1, la barrière linguistico-culturelle, disparaît à la tête des entreprises engagées au cours des négociations, ce qui facilite pour beaucoup la tâche d’y parvenir aussi au niveau des équipes, le no 2, le manque de réseau, sera solutionné en vous introduisant dans le réseau de vos partenaires, et le no 3, les frais de transaction, ne dépasseront pas substantiellement ceux qui résultent naturellement d’une coopération de ce genre.

Et vous voilà établi dans un marché quatre fois plus grand que votre marché d’origine. 

PS. Pour faciliter ces processus, j’ai fondé en 2009 le Forum PME/KMU, en coopération avec l’association swiss export et familienunternehmen.ch. Cette plateforme de rencontre alémanico-romande a vu sa quatrième édition le 9 octobre 2014 à Tolochenaz VD. Nouvellement élu Président de la Fondation Langues et Cultures (auprès du Forum Helveticum), j’ai pu convaincre le Conseil de celle-ci de lancer une plateforme de services interrégionaux pour PME dont le but est de baisser substantiellement le coût de la gestion plurilingue en Suisse. Nom provisoire de la plateforme en construction: „Suisse interactive.“ J’en parlerai dans ma prochaine contribution sur Bilan.

 

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