Oscar Bartolomei5

DIRECTEUR FAMILY OFFICE

Oscar Bartolomei a développé l'essentiel de sa carrière en tant que gestionnaire de fortune international à Genève. Quadrilingue, Il a travaillé pour des établissements bancaires de premier plan: Crédit Suisse, ABN Amro et Lloyds Private Banking où il était responsable Amérique Latine pour la gestion privée. Fort de cette expérience, Oscar a très vite acquis la conviction que seules les structures du type Family Office étaient à même d'offrir un service à la fois global et sur mesure à une clientèle haut de gamme. Spécialisé dans la constitution et le développement de telles structures, Oscar a ouvert un premier Family Office à Genève en 2007. Il est aujourd'hui responsable du développement d'un Family Office à Genève, expert SAQ (Swiss Association for Quality) en Certifications Conseiller Clientèle en Gestion de Fortune.

Le marché de l’art: une classe d’actifs à part

« J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant »

Pablo Picasso

11 mai 2015 : Un tableau de Picasso, « Les Femmes d’Alger », est devenu la toile la plus chère jamais vendue aux enchères, adjugée en onze minutes à 179,36 millions de dollars, chez Christie’s à New York.

9 novembre 2015: Une toile de Modigliani, « Nu couché », considérée comme l’une de ses œuvres majeures, a été adjugée pour 170,4 millions de dollars, toujours chez Christie’s à New-York. Un record pour le peintre italien, et le deuxième prix le plus élevé jamais payé pour une œuvre d’art mise aux enchères. Les précédents records dataient de 2013, respectivement un tryptique de Francis Bacon, « Trois Etudes de Lucian Freud », adjugé pour 142,4 millions de dollars chez Christie’s à New York le 12 novembre 2013 et une peinture d`Andy Warhol, «  Silver Car Crash (Double Disaster) » peint en 1963 et adjugé pour 105,44 millions de dollars chez Sotheby’s à New York le 13 novembre 2013, établissant un nouveau record pour un tableau de Warhol.

Ces records montrent l’extraordinaire activité du marché de l’art. Même si le total d’adjudications au premier semestre 2015 était légèrement inférieur de 5% qu’au premier semestre 2014, année record avec un total des ventes mondiales de 15.2 milliards de dollars. (Rapport Annuel du Marché de l’Art mondial, 1er semestre 2015, Artprice). A lui seul, le marché de l'Art Contemporain a connu une augmentation de son chiffre d’affaires de 1800% en 15 ans.

Pour un family office, habitué à répertorier des patrimoines traditionnels composés d’avoirs bancaires et immobiliers, cette dynamique a vu émerger un phénomène récent: la demande de la part de clients de créer une collection d’art.

Devant des marchés boursiers incertains, un environnement de taux bas voir négatif, un secteur immobilier qui a échaudé un grand nombre d’investisseurs depuis 2008, le souhait d’un client d’investir une partie de ses liquidités dans une collection d’art ne parait pas dénué de sens. Précisons qu’il s’agit ici d’investissements directs et non d’achats de fonds de placement. Le marché de l’art est une classe d’actifs. Mais une classe d’actifs à part. Qui possède ses propres caractéristiques dont il faut tenir compte non seulement dans le processus d’investissement, mais aussi dans l’analyse de risque de tout le patrimoine du client.

Le marché de l’art est faiblement corrélé avec les autres classes d’actifs (actions, obligations, or), ce qui en fait un bon outil de diversification. Utilisé comme investissement à long terme, c’est un actif tangible qui a offert par le passé une excellente protection contre l’inflation. Jusqu’à présent, il a fait l’objet d’une demande croissante, soutenue notamment par la progression de la richesse dans les marchés émergents. Mais cette classe d’actifs, qui peut s’avérer très volatile sur le court terme et peu liquide, se caractérise aussi par ses frais de transaction élevés. Il faut aussi ajouter des coûts récurrents, comme le stockage et l’assurance. Il ne faut pas non plus oublier son exposition quasi permanente au risque de contrefaçon.

Une fois ces spécificités identifiées, l’étape suivante sera la constitution d’un portefeuille d’objets d’art sur le même principe qu’un portefeuille d’actions ou d’obligations. C’est la principale différence avec une collection d’art classique: le family office doit élaborer un véritable portefeuille « art », impliquant une réflexion équivalente à celle d’un portefeuille-titres. Avec la même notion de tolérance au risque. Investir dans le marché de l’art ne doit pas être pris comme un investissement isolé.

Dès le départ, il faudra délimiter avec le client un cadre opérationnel et un profil d’investissement. Dans son rôle de supervision, le family office veillera à ce que cette collection suive une méthodologie incluant des outils d’évaluation et de performance, ceci dans le but de l’intégrer dans un patrimoine global. De quelle manière ? Prenons le cas d’espèce d’un client qui veut investir dans une collection de tableaux. Au même titre qu’il existe des blue chips en matière de sociétés cotées il existe des blue chips en matière de peinture: ce sont des artistes reconnus, côtés depuis longtemps et dont la côte -très élevée- augmente avec régularité mais sans excès.

Idéal pour un collectionneur qui cherchera à préserver son capital avec une plus value régulière. Par exemple 5% à 10% par an. Tout l’opposé de certains artistes contemporains dont la côte s’est envolée de plus de 400% en trois ans. Sous l’angle du family office, dont l’objectif est, ne l’oublions pas, d’assurer la pérennité d’un patrimoine familial, il s’agit-là d’artistes spéculatifs qui à priori ne devront pas figurer sur un portefeuille « art ». Au contraire, on cherchera à constituer un portefeuille axé sur le long terme, pouvant servir de valeur refuge.

Les artistes « blue chips » étant très chers, il existe la possibilité sur le marché de l’art de trouver des artistes équivalents aux « small caps »: ce sont les artistes émergents. Bénéficiant d’une certaine notoriété mais pas encore reconnus, ils ont une côte qui permet un achat déjà autour de 10'000 dollars. On investit là sur un potentiel dont on espère qu’il va confirmer sur le long terme. Le potentiel de croissance espéré est bien plus élevé qu’avec les artistes « blue chips ». Le Warhol de demain se trouve peut-être parmi eux.

Sachant que les artistes « blue chips » représentent la fourchette d’investissement haute et les artistes « small caps » la fourchette basse, les possibilités d’investir entre ces deux valeurs pour se constituer un portefeuille sur mesure sont infinies. Comme dans un portefeuille-titres. Plus le client cherchera à préserver son capital tout en le valorisant régulièrement, plus son portefeuille devra contenir des artistes « blue chips ». L’aiguille du curseur devra par contre nettement pencher vers des artistes « small caps » pour espérer des plus-values spectaculaires. A noter ici encore que, à l’instar d’un portefeuille actions small caps, les possibilités de diversifications d’un portefeuille « art » small caps sont innombrables.

Trois exemples théoriques, centrés sur l’achat de tableaux. Le client dispose de huit millions de dollars pour se constituer une collection. Il est à noter que ce n’est pas le rôle du family office de procéder à l’investissement, que ce soit dans la recherche des œuvres ou l’achat proprement dit : il se tournera vers des spécialistes reconnus dont c’est la profession. Pour un profil de type « conservateur », on peut imaginer un portefeuille constitué à 80% de peintres «  blue chips » et 20% de cash.

Pour un profil de type « équilibré », 40% investis dans des peintres « blue chips », 40% dans des peintres « small caps », les 20% restant en cash.

Pour un profil « dynamique », 70% à 80% investis dans des peintres « small caps », laissant 30% à 20% de cash.

Une fois le portefeuille investi, il faudra l’évaluer. L’évaluation au cours des ans d’un tel portefeuille est une thématique importante, qui requiert ici encore l’intervention de spécialistes. Pour le family office, au travers d’un profil d’investissement clairement établi, c’est cette évaluation - cette performance- qui permet au final de relier cet investissement au patrimoine global du client. La consolidation finale englobera donc les avoirs bancaires consolidés, le patrimoine immobilier…et le portefeuille « art » nouvellement constitué.

Marché en pleine croissance, le marché de l’art attire de plus en plus la clientèle traditionnelle des family office. Pour le family office, le marché de l’art est une classe d’actifs à part. La création d’un portefeuille « art », à l’identique d’un portefeuille-titres, est dès lors nécessaire pour pouvoir évaluer cet investissement sur le long terme. Ce n’est qu’une fois ce processus mis en place que le client pourra suivre dans le temps la rentabilité de sa collection et la comparer à ses autres actifs.

J’ai un jour demandé à un expert en art reconnu, ancien financier, quel était son élément déclencheur pour investir dans l’art. Alors que je m’attendais à une réponse analytique et chiffrée, je fus très surpris de sa réponse : « l’émotion. C’est elle qui dicte la mise en place d’une collection et tout ce qui s’en suit. Mais si je ne ressens pas d’émotion devant une œuvre d’art, je ne l’achèterai jamais. Et je ne conseillerai jamais son achat ».

Malgré tous les milliards qu’il véhicule, malgré tous ses excès, l’art a ceci d’extraordinaire qu’il est capable de toucher les personnes au plus profond d’elles-mêmes. En faire un investissement rentable est un des nombreux chemins pour y accéder. Mais le plaisir de posséder une œuvre, d’admirer la précision du trait d’un artiste, tout cela est à des années-lumière de l’achat d’actions ou d’obligations. C’est en cela que le marché de l’art est véritablement un actif à part.

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