Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Le leadership post-moderne d'Angela Merkel

Joachim Gauck, président de la République fédérale allemande, a récemment déclaré à propos de l’accueil des réfugiés: “Notre coeur est grand, mais nos possibilités limitées”. Ce à quoi la chancelière Angela Merkel a immédiatement rétorqué: “Le president a le pouvoir du verbe. Ma fonction est opérationnelle. Cela veut dire que je dois résoudre les problèmes.” Toute la communication et le mode de leadership de la chancelière sont dans cette réplique.

Angela Merkel n’est pas une idéologue et pratique un leadership post-moderne, et en quelque sorte dédramatisé. Elle ne fait pas de grandes déclarations, ne lance pas des idées grandioses et inaccessibles, ni ne rêve d’un Grand Soir. Elle n’aime pas trop fréquenter les médias et n’est pas une brillante oratrice. Ses campagnes électorales sont souvent ennuyeuses et elle donne l’image d’une personne parfois lente à prendre des décisions. Elle refuse la polémique politicienne et pratique une politique de petits pas et de changements progressifs. Le SPD fait un bon score aux dernières élections ? Par pragmatisme, elle l’intègre dans une grande coalition nationale.

Pragmatisme est le mot qui caractérise le mieux sa politique. Détentrice d’un doctorat en chimie quantique, Angela Merkel insiste souvent sur l’importance de sa formation en sciences exactes. Elle estime même que dans sa carrière politique, sa formation scientifique a été plus déterminante que le fait d’être une femme. Elle introduit la rationalité dans toute discussion et cherche à avancer en s’appuyant sur la méthode du “trial and error”, en consultant des experts et en écoutant des avis contraires avant de prendre une décision. Elle pratique ainsi avant tout une éthique de la responsabilité, comme le démontre sa réplique: “J’ai des convictions, certes, mais elles ne dépasseront jamais mes responsabilités en tant que chancelière” semble être sa ligne de conduite en tant que leader politique.

Angela Merkel a d’ailleurs souvent été sous-estimée et considérée à tort comme une personne de transition, alors qu’elle est au pouvoir depuis… dix ans ! C’est l’un des leaders les plus puissants au monde, et elle reste populaire aux yeux des Allemands qui la surnomment “Mutti”. Prudente, calme, pondérée – même si les récentes harangues de Marine Le Pen au Parlement européen ont eut le don de l’énerver – elle est à l’écoute des autres et refuse d’attaquer frontalement ses adversaires. Elle a le souci de l’efficacité dans un monde complexe et fait même preuve d’empathie comme l’a montré l’évolution de ses positions sur les réfugiés. Elle sait que rien n’est jamais figé et qu’en politique, comme le disait Raymond Aron, il est toujours plus difficile de choisir ses amis que ses ennemis.

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