Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

Le jour où la Chine aura la Coupe du monde

La Chine sera bientôt une superpuissance du football. Elle sera candidate pour l’organisation de la Coupe du monde 2030. Et elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour se voir octroyer l’épreuve… et pour la remporter.

Le numéro 1 chinois a un plan pour cela. Il a les moyens de ses ambitions. Le président Xi Jinping a derrière lui une nation forte de millions d’amateurs du ballon rond qui ne se satisferont plus longtemps de l’actuel piteux classement du pays à la 96e place du tableau FIFA, au même niveau que le Guatemala et le sultanat d’Oman. 

Le plan chinois s’articule en deux volets, d’ores et déjà visibles: investissement financier majeur concernant l’achat de joueurs étrangers, brésiliens notamment, et investissement massif en termes d’éducation sportive à destination de millions de jeunes Chinois.

Un exemple tout récent: le Conseil d’Etat, c’est-à-dire le gouvernement lui-même, a décidé que la promotion du football auprès des jeunes générations ne dépendrait plus de l’Association nationale du football, accusée de corruption et connue pour son incompétence, mais serait désormais sous la coupe du seul Ministère de l’éducation nationale. Un changement de cap majeur en Chine où, jusqu’à des temps récents, seule l’éducation de base – strictement académique – se trouvait politiquement et financièrement encouragée.

Petit à petit, le football devient ainsi une discipline obligatoire. Des écoles spécialisées s’ouvrent par milliers . Le président Xi Jinping en souhaite 50  000, qu’il fait appeler «académies du foot». Le président est lui-même – et ceci explique cela – un fanatique du ballon rond. Il déclarait à quelques diplomates étrangers que lors du Mondial en Italie en 1990, il avait suivi 50 des 52 matches! Et c’est le numéro 1 chinois lui-même qui, récemment, inaugurait l’ouverture du centre de formation du célèbre club Guangzhou Evergrand, lequel accueille… 3000 enfants!

En attendant – autre manifestation politique de la volonté de la Chine de progresser rapidement –, il a été décidé en haut lieu que d’ici à 2025, les activités liées au monde du football seraient portées à un niveau allant jusqu’à 1% du PIB, un tout petit pour cent qui représente tout de même, en Chine, la modique somme de 850 milliards de dollars!

Des millions de dollars, la Chine en dépense d’ores et déjà, et sans complexe, dans le grand «mercato» mondial . Il s’agit de faire venir au pays des dizaines et des dizaines de footballeurs – entraîneurs – européens ou américains, dans une stratégie bâtie sur trois axes: rehausser le niveau actuel des grands clubs nationaux (on notera que les dix plus gros entrepreneurs chinois ont tous été «priés»  d’acheter un club du championnat !), encadrer et stimuler les jeunes générations, et, in fine, populariser l’image d’un ballon rond chinois tout prêt à grimper jusqu’au sommet du football mondial.

Des exemples? Le 3 février dernier, l’avant-centre de l’Atlético de Madrid, Jackson Martinez, est transféré au club de Guangzhou (encore lui!) pour 42 millions de dollars. Quelques jours plus tard, record battu, l’attaquant brésilien Alex Teixeira est cédé pour 50 millions d’euros. 

Etonnant! Qui sait qu’actuellement deux équipes européennes sont détenues à 100% par des groupes chinois? C’est le cas du FC Sochaux et du Slavia Prague. Ce n’est qu’un début: six autres rachats de clubs sont programmés d’ici à la fin de cette année 2016.

En attendant la Coupe...  

Et la Coupe du monde en 2030? Tout l’appareil politique de la Chine y travaille. Gagner la Coupe n’est pas une évidence. Cela dépendra de la qualité d’une équipe nationale devenue performante. Quant à savoir si la Chine se verra confier l’accueil et l’organisation de celle-ci, il se dit à la FIFA qu’un officiel chinois aurait formulé la demande de Pékin en ces termes quasi mafieux: «On fera à la FIFA une offre qu’elle ne pourra pas refuser!»

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