Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Le hors-jeu coûteux de Barack Obama

«La guerre est parfois nécessaire.»

Barack Obama l’avait dit en 2009 à Oslo en recevant le prix Nobel de la paix que le jury norvégien avait eu l’incongrue idée de décerner au chef d’un Etat embourbé dans deux guerres. Le nouvel élu avait pris cette précaution oratoire pour effacer les ricanements, aux Etats-Unis, des neocons qui le peignaient déjà en président faible et pusillanime.

Mais les gens du Nobel avaient vu juste : Obama n’aime pas la guerre. Elle est le plus souvent, à ses yeux, contre-productive. Voyez l’Irak, disait-il en 2008. Et il avait gagné l’élection sur ce constat.

Pourtant, au moment même où il recevait son prix à Oslo, les généraux faisaient le siège de la Maison Blanche en demandant un renfort décisif en Afghanistan – 50000 hommes ou plus – pour «finir le travail» et proclamer la victoire. Après des mois d’hésitation, et malgré les conseils de Joe Biden, son vice-président, qui le suppliait de ne pas écouter les galonnés, Barack Obama avait accepté d’envoyer dans les vallées afghanes 30000 soldats supplémentaires. En vain. Tous les gains ont été perdus. Et les troupes résiduelles en sont réduites, aujourd’hui, à bombarder un hôpital. Un vrai crève-cœur.

Trois ans après le Nobel, au moment où les révoltes arabes se transformaient, en Syrie, en effrayante guerre civile, nouveau dilemme : Hillary Clinton, au Département d’Etat, et Leon Panetta, au Pentagone, lui recommandaient d’agir par la force contre le dictateur de Damas. Le président a refusé. Et lorsque Bachar el-Assad a franchi la ligne rouge interdite (le recours aux armes chimiques), Obama s’est retranché derrière les réticences du Congrès pour ne rien entreprendre d’autre qu’une négociation sur ces armes proposée par Vladimir Poutine.

L’an passé enfin, quand Mossoul est tombée aux mains des cohortes multinationales de l’Etat islamique qui avaient mis en déroute l’armée irakienne formée par les Etats-Unis, le président a conservé le même sang-froid. Il ne pouvait pas ne rien faire, d’autant que les djihadistes décapitaient des Américains. Mais l’intervention se limiterait, pour l’essentiel, à des opérations aériennes.

Depuis plus d’un an donc, les avions américains bombardent les positions de l’EI en Irak et en Syrie. Résultat plus que mitigé, de l’aveu même du Pentagone. Les missiles n’ont pas empêché les islamistes armés de s’emparer de deux nouvelles villes : Ramadi et Palmyre.

Et Vladimir Poutine prend aujourd’hui prétexte de cette avancée djihadiste pour débarquer sur la côte syrienne avec ses avions lui aussi, des blindés, des canons, et maintenant des «volontaires» qu’on signale déjà du côté de Hama.

Que ce serait-il passé si Barack Obama avait décidé de recourir, plus massivement, à la force ? Personne n’est en mesure de le dire. Mais le président démocrate peut soutenir avec quelque motif que la situation eût été pire, et qu’il a raison de suivre le conseil de son ancien secrétaire à la Défense, Robert Gates : celui qui songe à une nouvelle intervention armée au sol au Proche-Orient devrait d’abord faire soigner sa tête.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le pire, probablement, mais qui peut le décrire ? Poutine, qui lui n’hésite pas trop devant le recours à la force, pense tenir une revanche : à la face d’Obama, qui avait cru la Russie réduite au rang de «puissance régionale», il revient en acteur incontournable. Son motif premier est de sauver le régime Assad, dont les troupes, de l’aveu même du dictateur, se débandaient. Son moyen, c’est une alliance avec les chiites d’Iran, d’Irak et leur petit cousin alaouite de Syrie. Pari risqué : cet axe ténu est balloté sur une mer sunnite particulièrement agitée ; les djihadites désignent déjà les Russes comme de nouveaux occupants qui, comme en Afghanistan il y a trente ans, vont saigner.

C’est ce que pense aussi Obama quand il promet à Poutine un bourbier. Mais il y a chez l’Américain, qui a été pris à contre-pied par la témérité russe, passablement de schadenfreude.

La revue Foreign Policy vient de réunir, sur la crise syrienne, un panel d’analystes. Les participants devaient répondre à cette question : qui a réussi le mieux à promouvoir l’influence internationale de son pays pendant les années Obama ? Réponse : Ali Khamenei, le guide iranien, Vladimir Poutine, et Abu Bakr al-Baghadi, le calife de l’Etat islamique.

Comme dit l’écho d’Oslo : la guerre est parfois nécessaire…

 

 

 

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