<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Le Green Deal suisse

Le nucléaire civil est sûrement mort le 11 mars 2011 avec la catastrophe de Fukushima. 

L’affaire est cette fois quasi entendue, les détails suivront quant à savoir s’il s’agira d’un repli ordonné (ce serait plus sage) ou d’une fermeture plus brutale des centrales. Reste maintenant à étudier pourquoi un tel revirement a eu lieu. A cause des images venant du Japon, des radiations qui se diffusent dans l’air, la mer et la terre sans que personne ne puisse en prévoir les conséquences? Certes. Mais nous savions tous que la technologie nucléaire comportait des risques considérables en cas d’accident et que la question des déchets n’avait jamais reçu de réponse satisfaisante. Ce qui nous terrifie tient sûrement à une autre confirmation.

Les gens qui gèrent le nucléaire sont toujours d’aussi fieffés menteurs doublés d’incompétents quand les choses se corsent. Que ce soit dans l’Ukraine arriérée de Tchernobyl, au Japon technologiquement à la pointe de Fukushima, ou dans la France des centrales régulièrement défectueuses, nous revivons à chaque fois la même séquence. Au début, il y a un gars en costume trois pièces qui vous explique à la télévision que tout va bien. Et à la fin, on se retrouve avec des ouvriers qui partent en bottes de pluie s’exposer au feu nucléaire. Pourquoi cette filière se cache-t-elle à elle-même sa dangerosité?

L’atome est une réminiscence du XXe siècle et de sa gouvernance dépassée. Le nucléaire civil est en effet toujours géré comme son pendant militaire. Ce secteur ne pourra jamais être ouvert, accepter la critique et les contrôles indépendants. Ses propres impératifs de sécurité l’en empêchent. Ce n’est plus possible dans un monde où personne n’échappe à la remise en question, où aucune raison d’Etat ne permet plus de garder des secrets trop lourds à porter. La société de l’information, WikiLeaks et les réseaux sociaux qui contournent les médias traditionnels sont passés par là. L’information se propage désormais plus vite que les radiations nucléaires et crée des contre-pouvoirs auxquels aucune boîte noire ne résiste.

C’est vrai pour les instances supranationales et le vieux monde onusien, autre victime collatérale de cette crise. Mais surtout pour l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui avait pourtant beaucoup à se faire pardonner après la gestion calamiteuse de la grippe A (H1N1), dont l’inefficacité dans la débâcle aura été remarquable. Voilà deux institutions définitivement discréditées.

Pour toutes ces raisons, l’avenir énergétique sera donc vert. Doris Leuthard a pris une décision courageuse et juste en annonçant un moratoire sur le nucléaire. Si le débat ne fait que commencer, reste qu’une chose est sûre: un «New Deal vert» serait une chance pour la Suisse.

STÉPHANE BENOIT-GODET RÉDACTEUR EN CHEF

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."