Banquiers anonymes

Bud Fox et ses acolytes dévoilent les dessous de la place financière genevoise. Ce collectif de banquiers anonymes a décidé de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Le CEO de HSBC a un compte en Suisse. Et alors?

Fatiguant de lire qu’un tel avait un compte chez HSBC, ou que, dans cette même banque, la totalité de la masse sous gestion, ni plus ni moins, serait frauduleuse.

À aucun moment un article ne nous dévoile que tel individu inculpé et reconnu coupable a réussi malgré tout à ouvrir un compte. Il incombe à la justice de vérifier que la banque a bien communiqué en temps et en heure au MROS (Bureau de communication en matière de blanchiment) les différents comptes sur lesquelles elle avait des doutes. S’il y a eu faute, je suis certain que la justice suisse ne manquera pas de l’exposer au grand jour.

Revenons en 1999. HSBC rachète une certaine Republic New York Bank. En 2001, cette même banque plaide coupable de fraude et restitue 606 millions de dollars pour avoir triché avec des clients japonais. Le ton est donné.

Un lourd héritage

Effectivement, l’héritage est lourd pour HSBC: les scandales de Republic New York Bank, dont la « Morocco connection » parmi les plus médiatisés, sont symptomatiques d’une banque qui n’était pas regardante, ni sur l’activité de ses gestionnaires ni sur l’origine des fonds (« tant que cela rapporte » était la devise).

Aujourd’hui, certains dirigeants de banque paient pour des fautes commises par des prédécesseurs, qui ne sont ni inquiétés ni mentionnés dans la presse. 

L’article du Monde titre « Stuart Gulliver, directeur général de HSBC, avait un compte secret en Suisse » dénote une fois encore l’étalage d’une certaine presse envieuse, jalouse et spéculatrice. Le CEO d’HSBC a un compte dans sa propre banque… n’est-ce pas normal? Le contraire ne serait-il pas plus inquiétant?

Aucune preuve de culpabilité

Que dirait-on si M. Ghosn ne roulait pas dans une voiture du groupe Renault? L’article s’étonne que le compte soit une société panaméenne et non nominatif. Au vu du peu de sécurité informatique à l’époque, il n’y a rien réellement étonnant. Cela évite toute indiscrétion d’employés qui voudraient « fouiller » dans l’information confidentielle (le vol de données dont est tiré cet article en est la plus belle preuve).

Enfin, aucun fait ne démontre la culpabilité de Stuart Gulliver envers une quelconque autorité fiscale. En poussant un peu la réflexion… Si M. Gulliver avait voulu frauder un fisc, l’aurait-il fait avec un compte de sa propre banque ?

Pour le moment, ce ne sont que des spéculations et de l’étalage de vie privée qui ne servent en rien l’intérêt public. En justice, l’innocence prévaut jusqu’à preuve du contraire. Le secret bancaire n’est plus, les dénonciations et la transparence sont telles qu’aujourd’hui, en Europe, il est difficile de blanchir, de financer le terrorisme ou de frauder au travers de banques. Il est certain que d’autres filières ont été trouvées, comme par exemple l’achat de biens de luxe, rares, lors de ventes aux enchères (qui vérifie l’origine des fonds lorsque le virement vient d’une banque établie sous des juridictions peu regardantes?)… Mais ceci sera l’histoire de demain.

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