Berenice Magistretti

EXPERTE DE L'ENTREPRENEURIAT ET DES STARTUPS

Après avoir obtenu un Bachelor en Relations Internationales de la London School of Economics, Bérénice a suivi avec un Master en Langue et Civilisation Française à la New York University sur le campus de Paris. Vu sa passion pour l’écriture, elle a travaillé comme rédactrice au sein de plusieurs publications, notamment le International Herald Tribune et L’Officiel Paris. Elle fait aussi partie du Young Advisory Committee de la Fondation Internationale pour la Population et le Développement, une ONG suisse qui finance des projets soutenant les femmes et les jeunes dans les pays en voie de développement. Quand elle n’écrit pas, Bérénice explore les quatre coins du monde: de l'Antarctique à l'Arabie Saoudite, en passant par Le Cap et Beyrouth, elle découvre le monde petit à petit!

Le Cap serait-il la nouvelle Silicon Valley?

La nouvelle vague de la Silicon Cape

Il y a dix ans, personne en Afrique du Sud ne connaissait les termes “angel” et “tech startup”. Les gens s’adaptaient progressivement à une nouvelle démocratie dirigée par le grandiose Nelson Mandela. Le but du gouvernement était de briser les barrières créées par le racisme et l’apartheid, et non d’investir dans les entreprises à haut risque.

Or, certaines personnes, comme Justin Stanford et Vinny Lingham, ont anticipé la vague tech. Nous avons parlé à Justin, 31 ans, qui nous a expliqué comment ce duo dynamique a mis en place l’écosystème entrepreneurial en Afrique du Sud. Self-made man, Justin a quitté l’école pour venir s’installer au Cap et devenir un entrepreneur. Malgré le fait qu’il travaillait seul dans un garage, il a réussi à développer une entreprise panafricaine de logiciels Internet avec brio. C’était le pilier sur lequel 4Di Group a été construit, un family office et une société d’investissements diversifiées basée au Cap. Justin l’a cofondé avec le slogan « From Garage to Global » (Du Garage au Global).

Grâce à ses réussites, Justin est devenu le “Golden Boy” de l’Afrique du Sud et s’est construit une réputation d’homme d’affaires de confiance. On a commencé à le contacter pour obtenir des conseils et des financements. “Je devenais un business angel sans le savoir”, dit-il. Vinny et lui sont allés dans la Silicon Valley pour mieux comprendre la structure et les valeurs de l’écosystème californien. Ceci leur a permis de mettre en place un écosystème entrepreneurial dynamique et réceptif au Cap. En 2009, leur inspiration les a amenés à créer un réseau d’entrepreneurs sud-africains qu’ils ont baptisé la « Silicon Cape Initiative ».

Lorsqu’on lui a demandé en quoi l’Afrique du Sud est différente du reste des pays africains, Justin explique: “Vous ne pouvez pas parler d’un marché africain. Il y a un marché nigérien, un marché kenyan, un marché sud-africain…”. L’Afrique n’est donc pas un seul bloc mais un regroupement de pays différents qui ont donc des écosystèmes variés. Et avec tout cela, que pense le gouvernement sud-africain de l’émergence des startups? 

 

L’Entrepreneuriat démocratique

En termes de politique, le Cap est un hub en Afrique du Sud. La ville est dirigée par l’Alliance Démocratique, qui a montré un soutien indéniable pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Le Comité de la Mairie de la ville est également en faveur du développement des startups. Xanthea Limberg, qui supervise les services corporatifs au sein du comité, est catégorique sur l’importance des partenariats entre le secteur privé et le secteur publique. Elle a d’ailleurs accepté avec joie d’être l’un des membres du jury lors de l’événement Seedstars World au Cap.  

Le secteur des entreprises est aussi en train de s’impliquer. Les banques par exemple comprennent que, dans cette nouvelle ère de gourous du web surdoués, ils doivent proposer quelque chose d’attrayant et d’innovant. Standard Bank s’y est mis en lançant des incubateurs d’innovation pour soutenir les entrepreneurs en Afrique du Sud. “Nous voulons devenir la banque des entrepreneurs”, souligne Linda Swart, la gestionnaire du projet.

 

Un lieu accueillant pour Les entrepreneurs

En termes d’espaces de co-working, les entrepreneurs ont l’embarras du choix. Pour les plus hippie, le Woodstock Exchange abrite des lieux dynamiques comme The Barn et le Cape Town Garage. Daddy. O est aussi un excellent endroit situé dans le charmant Old Biscuit Mill. Pour ceux qui recherchent un environnement plus moderne, l’atelier baptisé Workshop 17 est entouré de baies vitrées et offre une magnifique vue sur le port.

Pour les femmes qui préfèrent travailler entre elles, il y a Voices Club, récemment lancé à l’Hôtel Taj! La fondatrice Shelley Webb a voulu créer un espace où les femmes intelligentes et motivées pourraient venir travailler sur leurs projets tout en étant capable d’interagir avec d’autres femmes entrepreneurs. Des relations publiques aux médias, en passant par la technologie, la diversité des secteurs y est!

 

Les startups de L’Afrique du Sud

Même si l’Afrique du Sud est encore à ses premiers stades de croissance, il y a déjà quelques réussites à nommer. Gyft, une application mobile qui vous permet d’acheter, de sauvegarder et de racheter des cartes-cadeaux en utilisant votre téléphone mobile, a été cofondée par Vinny Lingham et s’est fait racheter pour 50 millions de dollars.

WooThemes est un autre grand succès. Récemment acquis par Automattic, il conçoit et développe des thèmes commerciaux et plugins pour WordPress. Mais il y a aussi des entreprises prometteuses qui sont sur le point de décoller. Un exemple est le projet RecoMed, une plateforme web qui vous permet de prendre des rendez-vous médicaux 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

L’entreprise est en partie dirigée par Springlab, un incubateur basé au Cap. Sheraan Amod, l’un des gérants, explique que leur devise n’est pas seulement d’investir, mais d’investir et de participer activement afin d’aider l’entreprise à réussir. Coaching par une équipe hautement qualifiée, des espaces de co-working modernes, des investisseurs réputés… Bien sûr, cela a un prix! Amod et son équipe demandent généralement une participation minimale de 30% dans l’entreprise. Mais ils s’investissent à 100%, et cela n’est pas négligeable. Difficile de trouver des investisseurs investis ces jours!

Le Cap est donc une plaque tournante de la technologie qui gagne en traction et en attention. En raison de sa situation géographique, son style de vie et l’esprit d’entreprise positif, la ville sud-africaine pourrait très bien devenir la nouvelle Silicon Valley. Et les Sud-Africains semblent avoir tout compris. Comme le dit très justement Justin Stanford: “Le codage web sera pour le 21ème siècle ce que la lecture et l’écriture étaient pour le 20ème siècle.” On approuve.

Cet article a été publié à l’origine sur le blog de Seedstars World. Il a été traduit en français par l’auteur.

 

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