Jaccard Michel

ASSOCIÉ, ID EST AVOCATS

Fondateur de l’Etude id est avocats, Michel Jaccard est un spécialiste du droit des technologies, des médias et de la propriété intellectuelle ainsi que du droit commercial et du financement d'entreprises, domaines dans lesquels il pratique, enseigne et publie depuis plus de 15 ans. Il a obtenu une licence et un doctorat de l'Université de Lausanne et un diplôme postgrade (LLM'97) de l'Université de Columbia, dans l'Etat de New York, où il est également admis au barreau et a travaillé plusieurs mois dans un cabinet international.

Le business des anges

L’entreprenariat est à la fête cette semaine. Yahoo annonce l’acquisition du réseau social new-yorkais Tumblr pour un montant supérieur à un milliard de dollars. La startup Urturn, également active dans les réseaux sociaux et dont les racines sont lausannoises, finalise un tour de financement de plus de 10 millions de francs mené par le prestigieux fonds Balderton Capital et auquel le groupe Debiopharm a également participé.

Des telles annonces sont pourtant rares dans la région – en tout cas par rapport au grand nombre de projets entrepreneuriaux qui bénéficient d’un soutien financier, public ou privé.

Dans une phase d’amorçage (seed), le soutien privé provient surtout du fameux « capital affectif de proximité » (je préfère l’expression anglaise « love money »), à savoir l’argent récolté auprès des proches des initiateurs du projet. Toutefois, le chemin est souvent long – plusieurs années - entre ce coup de pouce de départ et l’investissement souvent décisif d’un capital-risqueur d'envergure, généralement lié à la commercialisation des premiers produits de la startup. Sur ce chemin, appelé parfois la vallée de la mort, plus rares sont ceux réellement intéressés par le projet au point de vouloir le financer.

C’est dans ce cadre que des « business angels » apparaissent, que les Québécois traduisent par « investisseurs providentiels ». Il s’agit bien d’investisseurs, car ils apportent à la société de l’argent en échange de parts dans la société – en plus, en général, de leur expérience et de leur temps. Et ils peuvent être parfois providentiels pour des sociétés qui ne parviennent pas (encore) à lever des fonds auprès d’investisseurs institutionnels « classiques » (fonds d’investissement en capital-risque, partenaires industriels): l’attachement affectif envers l’équipe en place et le projet joue un rôle important dans le soutien apporté.

Le business angel croit en l’équipe et en sa capacité à faire avancer le projet, indépendamment parfois d’une appréciation objective et rationnelle des chances de succès commercial du produit. Cette approche se ressent à plusieurs niveaux, et notamment dans la négociation des droits qui sont accordés aux business angels de participer aux destinées de la société ou dans la protection de leur investissement en capital.

Par cette approche moins formelle et moins structurée que dans un investissement financier classique, un business angel peut renforcer la confiance de l’entrepreneur en lui-même et son équipe et aider au développement d’une entreprise florissante, dont il aura été un véritable ange gardien. Encore faut-il qu’il ait les qualités requises - expérience de la gestion, expertise dans le domaine, qualités humaines, crédibilité scientifique. Surtout, ce business angel devra faire en sorte que l’entrepreneur garde les pieds sur terre plutôt que de vouloir, trop tôt et sentant des ailes lui pousser, rêver de conquérir le monde.

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