Juvet Michel

ASSOCIÉ DE BORDIER & CIE

Michel Juvet n'a pas son pareil pour saisir l'air du temps avec son objectif. Son blog accueille ses photographies légendées par ses soins. Associé chez Bordier, ce passionné de photographie compte la publication de plusieurs ouvrages à son actif. "Même le ciel ne pleure plus", livre de portraits consacré aux femmes victimes de violences sexuelles en Afrique de l'Est, a reçu en 2012 le Prix de la société Littéraire. A suivre sur Instagram: @majicmiju.

Le bitcoin au sommet de l'Everest

Le Bitcoin à 10'000 dollars, c’est un peu comme atteindre l’Everest. C’est haut, il n’y a plus d’oxygène, la tête tourne, les hallucinations guettent, les gelures progressent et le risque de chute est omniprésent. Un faux pas et patatras. Bon, c’est vrai je voyais déjà le sommet du Bitcoin lorsqu’il a franchit les 1000 dollars, donc il est normal qu’à 10'000 je sois au seuil de la tétanie intellectuelle.

Le prix est certes beaucoup monté, mais l’analyse reste la même. La hausse du prix du Bitcoin n’a rien à voir avec la définition de la valeur, son prix n’est pas la résultante d’une composition parfaite de  capital et de travail.  Il n’est que la résultante d’un excès de demande par rapport à l’offre, la production de Bitcoin.  Autrement dit, comme pour les métaux précieux, il n’y a pas de valeur théorique facile à déterminer, et la variation de son prix se nourrit d’un peu de demande fondamentale, et de beaucoup de demande spéculative. Certes la demande fondamentale progresse, car de plus en plus de financements de projets plus ou moins raisonnables passent par le marché des crypto monnaies.

C’est comme lorsque il y a soudainement beaucoup de mariages en Inde, la demande de bijoux en or fait monter un peu  le cours de l’or. Mais c’est la demande spéculative qui reste dominante : on achète parce que le prix monte et parce qu’on espère revendre à un prix plus élevé, sachant paraît-il que l’offre de Bitcoin est limitée. Tous les autres arguments sont fallacieux et ne font qu’attirer les naïfs ou les avides.

Les crypto devises ne sont pas des devises alternatives, car elles ne sont pas régulées et elles ne donnent aucun droit, aucune créance sur un Etatr. Comment avoir confiance dans un prix qui voltige, dans un système qui n’est pas transparent ? imaginez des exportateurs travaillant avec des bitcoins ? En Suisse on a connu 2015 la fin du taux plancher,mais c’était un micro événement en comparaison.

Et en cas de grave crise financière  verra-t-on de s boulangers échanger du pain contre des bitcoins ? J’en doute. En revanche, voit-on déjà les cercles mafieux et les business illicites utiliser ces  crypto-moyens-d’échange ? Bien sûr, car l’anonymat total y est respecté. Il n’est pas étonnant de voir que les marchés de Bitcoin les plus importants sont la Chine et la Russie. Le succès du Bitcoin c’était son côté ultraconfidentiel ; il mourra donc par excès de popularité. Lorsque qu’il deviendra trop important dans les échanges, et que les régulateurs et banques centrales considèreront qu’il devient un moyen d’échange alternatif, ils diront « stop »,  taxeront les échanges de Bitcoins  ou imposeront des normes étouffantes.

Alors acheter des crypto monnaies, juste parce que demain mon voisin voudra me les acheter, trop peu pour moi, non merci. Surtout quand on apprend que le coût de production d’un Bitcoin est équivalent à 200 lessives… A l’heure de la protection du climat, gaspiller l’énergie pour alimenter une bulle spéculative, ça mérite une pause de réflexion, non ?  

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