Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Le bipartisme américain: un facteur de croissance?

Les partis politiques ont été tissés dans l’étoffe de la démocratie des États-Unis pratiquement dès la fondation de la nation, bien que la Constitution des États-Unis ne dise rien à leur sujet et que certains Pères fondateurs les eussent rejetés d’emblée.

Dans les essais fédéralistes de 1788, Alexander Hamilton et James Madison décrivirent les dangers représentés par des factions politiques internes. George Washington, le premier président du pays, n'adhéra jamais à un parti politique et exprima l’espoir qu’aucun ne serait formé.

Mais l’ironie du sort fut que le système fondé sur le bipartisme aux États-Unis naquit de l’esprit de conseillers de George Washington, notamment Hamilton et Madison. Le parti Fédéraliste, dirigé par A. Hamilton, favorisait un gouvernement central solide et des liens plus étroits entre le gouvernement et les hommes de fortune. Le parti démocrate-républicain, fondé par James Madison et Thomas Jefferson, appuyait un rôle limité pour le gouvernement central et une approche plus populiste en matière de gouvernement.

Un citation d'Alexis de Tocqueville, dans son livre "De la démocratie en Amérique", résume l'état d'esprit de l'époque : "les partis sont un mal inhérent aux gouvernements libres".

Le bipartisme est donc une normalité aux USA et l'émergence du Tea Party, il y a quelques années, a bien failli mettre à mal cet art politique.

Pour comprendre l'enjeux du bipartisme, il faut comprendre que la Maison Blanche peut émettre un véto sur un projet de loi ou industriel passant devant les deux chambres du Congrès. Si le sénat, par exemple, arrive à fédérer un total de 67 voix en faveur d'un projet, le véto présidentiel sera cassé.

Après un peu d'histoire et de mathématiques parlementaires, revenons aux marchés et remontons un peu le temps.

Malgré le début d’année décevant pour les actions américaines (sauf pour les profils en Euro!), vendredi dernier était une journée spéciale. Il faut dire que les actions européennes, aidée par la politique monétaire de la BCE et le rebond du pétrole, rattrapent la sous-performance de l'année dernière, les intervenants n'ayant d'yeux que pour elles.

La séance de vendredi dernier, donc, n'était pas très réjouissante à Wall Street. Le PIB plus faible que prévu avait quelque peu cassé l’ambiance et seuls les secteurs de l’Energie et des Matières premières avaient fini en territoire positif. La grève qui a touché les grandes raffineries du Texas avait de quoi redonner des couleurs au WTI. Et c'est ce que nous avons observé en ce début de semaine. Mais le fait important est ailleurs.

Jeudi soir, le sénat américain a voté à 62 voix en faveur du projet de pipeline géant Keystone XL. Neuf démocrates se sont ralliés aux Républicains, ce qui n'a fait que confirmer le vote (quelques semaines plus tôt) de la Chambres de Représentants, 63 voix (dont 11 démocrates) pour la construction du pipeline...

Ces votes ont été le premier signe du retour du bipartisme aux USA, et c’est un signal fort pour la suite, tant les résultats étaient proches de la limite des 67 voix. Mais passons d'un pipeline à un autre!

Si le risque politique en Europe n'est pas dans les cours, le fait que les USA pourraient tenter de passer d’un QE monétaire à un QE fiscal ne l'est pas non plus. Ce dernier s’articulerait autour d’une refonte de la fiscalité des entreprises et d’un « repatriation act ».

Jeudi dernier (et oui encore!), les sénateurs Rand Paul et Barbara Boxer ont proposé un texte concernant : le Highway Trust Fund.

Ce fonds d’infrastructure dont des milliers d’emplois dépendent est proche de la panne sèche, et ces sénateurs ont eu l’idée de l’alimenter par un « repatriation act ». Les sociétés américains ont 2000 Mds$ de cash hors des USA et cette proposition permettrait aux sociétés le désirant de rapatrier des sommes colossales de cash moyennant un taux d’imposition de 6.5% seulement (sous conditions bien sûr). Clairement, il est temps de se dépêcher, tant les états européens aimeraient ponctionner une partie de ce magot via des taxes Google et Amazon par exemple.

Mais Obama n'était pas en reste car le projet de budget pour l’année 2015-2016 (présenté lundi par le Président américain) vise expressément, aussi, les réserves de liquidités amassées par les sociétés américaines à l’étranger. Le document prévoit une réforme de la fiscalité des entreprises en deux temps : une taxation transitoire exceptionnelle de 14% sur les bénéfices conservés par les entreprises américaines hors des Etats-Unis, puis une taxation à 19% de tous les bénéfices futurs réalisés à l’étranger. Un taux plus bas serait appliqué en cas de rapatriement des bénéfices et les sociétés bénéficieraient d’un crédit d’impôt sur les taxes déjà versées à des pays étrangers.

Par conséquent, le lobby des multinationales américaines devraient avoir un penchant pour le projet des sénateurs américains avec le taux d’imposition de 6.5%. Mais le taux de 19% n’est pas anodin car j'estime que la fiscalité des entreprises américaines pourrait dans les années à venir être ramenée à 20% vs 35% actuellement.

Des négociations vont s’engager avec le Congrès à majorité républicaine, mais des ténors républicains ont déjà fait savoir que cette réforme de la fiscalité des entreprises pouvait éventuellement constituer un point d’accord bipartisan. Ces mesures s’inscrivent dans le cadre d’un projet de budget de 4.000 milliards de dollars destiné à soutenir les familles des classes moyennes. La taxe exceptionnelle devrait générer 238 milliards de dollars, tandis que le plan à long terme dégagerait 565 milliards de dollars sur dix ans.

Selon le New York Times, le projet de budget prévoit un déficit de 474 milliards, soit 2,5% du produit intérieur brut (PIB). Il table par ailleurs sur un déficit de 687 milliards à l’horizon 2025 et sur un maintien de la dette aux alentours de 75% du PIB.

Bref, si un taux moyen de 10% (moyenne entre les 6.5% proposés par les sénateurs et les 14% d'Obama) est appliqué aux 2000 Mds de cash disponible hors des USA, vous obtenez 200 Mds$. Soit pour un PIB de 16'800 Mds$ en 2014, une hausse de 1.2%... Comme quoi un "repatriation act" pourrait générer de la croissance... A suivre!!!

 

 

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