Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/Première pierre à Plateforme 10 pour le Mudac et l'Elysée

Crédits: Keystone

Numéro deux. Ou alors, si vous préférez, «bis repetita placent» comme disaient nos amis Latins. Le 6 octobre 2016, le petit monde des musées romands se réunissait près de la gare de Lausanne. Il s'agissait d'enfouir la première pierre du Musée cantonal des beaux-arts à Plateforme 10. Le 5 octobre 2018, les mêmes assistants ou presque se rencontraient pour le clou de fondation (comme auraient dit nos amis Sumériens ou Assyriens) du Mudac et de l'Elysée. Parler de pierre me semblerait ici hors de propos. Les objets d'usage, qui allaient cette fois d'une maquette en pierre du bâtiment prévu aux journaux du jour, se sont en effet retrouvés dans un coffret de verre. L'objet transparent me faisait un peu penser au cercueil de «La Belle au bois dormant», version Walt Disney. Il ne manquera à l'avenir que le Prince Charmant.

Il y avait bien sûr des discours pour ponctuer la cérémonie. Temps de parole compté. Pas plus de cinq minutes pour les orateurs et oratrices. Sage mesure. Les spectateurs les plus éloignés retrouvaient leurs images en grand sur un écran, comme pour un concert de Madonna. Bernard Fibicher, le patron du MCB-a, a ouvert les feux. Il s'agissait pour lui de saluer tout le monde en n'oubliant personne. L'exercice peut sembler fastidieux, mais il assure la paix dans les ménages, ces derniers fussent-ils cantonaux et municipaux. Toutes les huiles de la politique étaient là, ce qui va me permettre d'ajouter un peu de vinaigre. Des élus présents, mais aussi passés. Anne-Catherine Lyon et Yvette Jaeggi étaient ainsi dans le public, tout comme Juliane Cosandier ex-Hermitage, ou Rainer Michael Mason, ex-Cabinet des estampes. Un appui bienvenu.

Souvenirs radieux

Bernard Fibicher s'est bien tiré de son pensum. Il a salué l'acte symbolique. Evoqué des institutions muséales se regroupant par affinités, voire par affection. Parlé d'ouverture de la Ville sur le plan national, et même international. Le rhéteur a donc pu céder sans démériter sa place à Pascal Broulis, qui a retracé le chemin allant de l'échec populaire pour un musée à Bellerive aux édifices actuels. «Nous sommes à six mois de la remise des clefs du MBC-a, à un an de son ouverture, à deux et demi d'un Mudac et d'un Elysée jumelés.» Le conseiller d'Etat s'est un peu brouté sur la cérémonie du 6 octobre 2016, mais c'est bon signe. Il a parlé pour les deux cérémonies de soleil radieux. Si nous étions effectivement en 2018 sous un astre en pleine forme, le ciel bruinait fâcheusement il y a deux ans. Comme quoi les bons souvenirs sont aussi des climats mentaux.

Cesla Amarelle représentait la culture cantonale. Catherine Labouchère (1) la Fondation de soutien, sans laquelle rien n'aboutirait vraiment. «Nous arrivons aujourd'hui à 28 millions en donations, ce qui représente environ les deux tiers requis pour la contribution requise des privés.» Elle espère comme tout le monde la suite des largesses. Mais, comme me le confirmeront plus tard des gens de musée, le fait d'arriver maintenant au concret marque leur accélération. Catherine (qui m'excusera pour cette familiarité) a ensuite passé le micro à Grégoire Junod, maire de Lausanne. L'homme a allié sports et culture, souvent considérés comme des frères ennemis. «Je suis fier d'être le syndic d'une ville qui investit dans la culture.»

Photos anonymes

Puisque nous sommes sur un ancien terrain des CFF, il fallait un homme des chemins de fer. Ce fut Alain Barbey. Chantal Prod'Hom, qui vivra dans deux ans sa troisième ouverture de musée, a évoqué un futur «lieu d'échanges stimulant», et ceci dans des musées stimulés. «Le Mudac aura doublé sa surface d'exposition et triplé ses lieux d'accueil et d'administration.» Drapée dans une somptueuse cape bleue dissimulant une maternité prochaine, Tatyana Franck a enfin clos les discussions (ou plutôt les monologues) en parlant de l'Elysée. «Une des toutes premières institutions créées en Europe pour la photographie et qui reste l'une des rares à se consacrer à ce seul médium.» Elle a aussi montré, et l'écran se révélait ici précieux, trois images en négatif tirées des énormes archives du musée. Ces clichés anonymes se retrouveront dans le fameux cercueil de verre dont je vous ai déjà parlé. Il est permis de voir en eux les soldats inconnus du 8e art.

Tout le monde s'est ensuite retrouvé pour un «verre de l'amitié» bien vaudois. Le temps pour moi de bavarder tout en dardant mon œil. Et bien si! Il n'y avait personne pour représenter les Musées d'art et d'histoire genevois. La honte! Boris Wastiau sauvait l'honneur, alors même que l'ethnographie restait hors sujet. J'ai noté dans l'assistance nombre de photographes, du vétéran Luc Chessex au jeune Matthias Bruggmann, qui va exposer à l'Elysée, en passant par Béatrice Helg. Tout le monde avait l'air d'être heureux de se retrouver là par une température estivale. J'ai savouré le moment. Il le fallait bien. Ce n'est pas demain que je serai invité (et d'ailleurs, je ne le serai pas) à la pose d'une première pierre pour un nouveau MAH repensé.

(1) Elle porte un nom huguenot français de gens émigrés après la Révocation de l'Edit de Nantes. Je lui ai posé la question.

Photo (Keystone) Cesla Amarelle et le cercueil de verre.

Prochaine chronique le dimanche 7 octobre. Les Hodlériens à la Maison Tavel genevoise.

 

 

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