Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE / Le sac en plastique est-il de l'art?

On a l'impression de l'avoir toujours connu. Faux! Il aura fallu l'euphorie pétrolière des années 1960 et la folie des logos imprimés pour que le sac en plastique fasse son apparition. Les achats finissaient jadis dans le panier de la ménagère. Un ustensile à usage continu, souvent en corde ou en raphia. Il servait chaque jour, jusqu'à ce qu'il devienne trop usé pour oser sortir dans la rue. 

C'est au sac en plastique que le Mudac, toujours en prise sur le quotidien, consacre sa nouvelle exposition, coproduite avec le Gewerbemuseum de Winterthour. Il ne s'agit cependant pas là d'une seconde étape. Conçue par Susanna Kumschick et Ida-Marie Corell, la manifestation a été repensée pour Lausanne. Les pièces présentées (que dis-je, les œuvres!) ne se révèlent donc pas fatalement les mêmes.

Art et écologie

Il y a une ambiguïté fondamentale dans «Coup de sac!» Les deux commissaires ont voulu mélanger l'art et l'écologie. La sacralisation et la dénonciation vont souvent mal ensemble. D'où une impression boiteuse. Le visiteur ne sait du coup plus sur quel pied danser. 

Tout commence par l'objet, le plus commun qui soit. Il se produit chaque années dans le monde 600 milliards de sacs, sont l'utilisation moyenne reste de vingt-cinq minutes. La Suisse en consomme à elle seule un milliard. Or chacun sait qu'il s'agit là d'une chose mettant des siècles à se dégrader. Les mers et les océans voient flotter de véritables îles de sacs jetés. Il y a conflit entre l'hygiène et l'écologie. L'idée de mettre les crottes de chien, par définition dégradables, dans un sachet qui ne l'est pas illustre bien cette guerre, dont la Planète risque de faire les frais.

A la Vermeer

Mais cet aspect militant est obscurci (ou allégé) au Mudac par les œuvres. Suivant l'historique emballage créé en 1972 par Joseph Beuys pour la Documenta de Kassel, les plasticiens sont partis tous azimuts. Il y a du bon et moins bon. On passera ainsi sur la robe géante en sacs Ikéa, produite par la commissaire Ida-Marie Corell, qui s'est ainsi accordée le plus gros espace. On glissera sur les tableaux en mosaïques de plastiques colorés imaginés par Dodi Reifenberg ou Torsten Mühlbach. On fera l'impasse sur le cadavre en érection dans un sac de Gregor Schneider. Poubelle! 

Il y a en effet d'excellentes idées à Lausanne. Les grandes photos d'Hendrik Kerstens, où les modèles féminins arborent sur la tête des sacs blancs, qui les font ressembler aux effigies en coiffes blanches de Van Eyck ou de Vermeer, sont d'une troublante beauté. L'installation de Nils Völker, où une soufflerie gonfle et dégonfle quatre-vingts sacs, possède quelques chose de magique. Et comment ne pas se sentir interpellé par le sac «Marx» de Baptiste Debombourg et David Marin, où le plastique se voit (ou plutôt ne se voit pas...) recouvert d'une vraie feuille d'or? 

Notons à ce propos que les matériaux nobles peuvent imiter les déchets. Les deux pièces les plus réussies de «Coup de sac!» me semblent sa reproduction en albâtre par Andreas Blank et ses imitations en céramique noire par la Genevoise d'adoption Maude Schneider. Cette dernière leur a conféré une beauté surprenante. On prend! Avec elle, l'affaire est dans le sac.

Pratique

«Coup de sac!», Mudac, 6, place de la Cathédrale, Lausanne, jusqu'au 6 octobre. Tél. 021 315 25 30, site www.mudac.ch Ouvert tous les jours de 11h à 18h (fermé le lundi dès le 1er septembre). Photo Hendrik Kerstens.

Prochaine chronique le jeudi 18 juillet. Le Musée d'Orsay présente à Paris la Collections Hays.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."