Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/Le Musée des beaux arts passé le cap de 10.000 numéros en 2015

Crédits: Keystone

Soixante-huit pages. Le bulletin 2015 du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne (Mcb-a) tient du livret illustré. Une surprise pour le lecteur genevois, habitué au silence radio de ses institutions culturelles. Il s'agit chez nos voisins davantage d'une volonté politique que de la présence de forces humaines. Avec ses 22 postes, correspondant à 18,45 plein-temps, le Mcb-a dispose d'environ dix fois moins de personnel que notre Musée d'art et d'histoire (MAH). 

Le lecteur apprend beaucoup de choses en lisant cet opuscule, ouvert par un éditorial du directeur Bernard Fibicher. Cela tient moins aux compte-rendus sur les expositions de 2015, récapitulatives, qu'aux nouvelles sur la médiation et (surtout) les acquisitions. Le Mcb-a prend en effet de la bouteille. Il a dépassé l'an dernier le seuil symbolique des 10.000 numéros. Un chiffre étonnement bas, d'autant plus que toutes les estampes n'ont pas déménagé à Vevey et qu'il y a là un cabinet de dessins. Rappelons que le total des MAH genevois, estimé à la louche, pour ne pas dire à la truelle, tourne autour de 650.000 en tenant compte des gravures, des tessons archéologiques (c'est fou ce que cela peut s'émietter une amphore!), des monnaies et de l'horlogerie.

Budget d'acquisition 

Les musées municipaux genevois ne disposent depuis longtemps plus de budget d'acquisition. Ce n'est pas le cas dans le canton de Vaud. Bernard Fibicher parle, quand on l'interroge, d'une dotation modeste. Elle exclut du coup les stars de l'art moderne et contemporain. Il faut donc ruser. En 2015, année aux 195 numéros supplémentaires, le Mcb-a a ainsi acquis trois pièces de Kader Attia, né en 1970, qui a fait l'objet d'une exposition en 2015. Une manière de garder une trace de cette activité. L'institution a aussi acquis des pièces de Julian Charrière, d'Emilienne Farny, de Fabrice Gygi, de Silvia Bächli, de Thomas Huber, de Jean Otth, de Louis Soutter ou de Théophile-Alexandre Steinlen. Elle renforce ainsi son fonds suisse. Il faut noter aussi l'achat d'un ensemble de dessins et de sculptures de Jean Clerc (1908-1933), un auteur par définition rare. Quand on meurt à 25 ans... 

Deux achats sortent de ce pré carré helvétique. Le premier est un paysage de Jean-Louis Gérôme (1824-1904), réhabilité il y a quelques années par une rétrospective d'Orsay: «Caravane passant près des colosses de Memnon» (1856). Mais le Français fut un élève de Charles Gleyre, qui bénéficiera dès mai 2016 d'une grande nouba à Orsay, pour laquelle le Mcb-a ne prêtera pas moins de 76 œuvres. Et le Vaudois a aussi accompli le voyage d'Egypte.. L'autre pièce tend en revanche de l'ovni. Il s'agit d'une grande toile ronde du divisionniste italien Pio Nomellini (1866-1943), «Polifonia» de 1905. La photo donne très envie de voir.

Dons et dépôts 

Le Mcb-a reçoit aussi. Le dépôt depuis 2002 d'une installation de Christian Boltanski s'est mué en don. La veuve de Zao-Wou-Ki a offert une gigantesque «Hommage à Varese».Un anonyme a donné «L'homme au serpent», une fonte unique de Rodin. Pierre Gonset des dessins de Gleyre. Virginie et Philémon Otth, les enfants de Jean Otth, nombre de pièces de leur vidéaste de père. L'ancienne syndique (ou maire, si vous préférez) Yvette Jaeggi ses Thomas Hirschhorn. La liste des libéralités consenties l'an dernier paraît énorme, mais le nouveau musée se profile à la gare. Elles comprennent en outre un ensemble de feuilles signées Silvia Bächli ou Miriam Cahn et un Vallotton. Je signalerai enfin que c'est au Mcb-a que Claude Ritschard, conservateur honoraire du MAH, a décidé de léguer sa collection d'art suisse, ce qui en dit long. 

Qu'ajouter, avant de donner des chiffres de fréquentation? Des dépôts. Il vont d'une série de Zao Wou Ki à un nouveau Vallotton (en cumulant les médias, le fonds du Mcb-a en totalise maintenant plusieurs centaines). Les résultats, maintenant. En 2015, le musée a reçu 27.742 visiteurs. L'exposition qui a le mieux «marché» est «Giuseppe Penone, Regards croisés» (12.571), suivi par «Paris à nous deux» (7802) et «Kader Attia, Les blessures sont là» (7369). Je vous fais grâce du reste. Tout figure dans la brochure. Voilà qui nous change des scores du Musée Rath ou du MAH lui-même, plus secrets que les arcanes du Port Franc.

Le goût des louanges 

Tout est-il parfait? Non. Alors que le Mcb-a s'apprête à poser en octobre la première pierre de son nouveau bâtiment (pour Bernard Fibicher, il n'était pas convenable de fêter une démolition, même si c'est celle d'une vieille halle de gare), chaque exposition se voit complétée par ses reflets critiques. Tous se révèlent positifs. Les commentaire négatifs se sont vus supprimés. Les journalistes les plus laudateurs ont droit à des extraits majuscules. Autant dire que je ne suis pas souvent cité. Mon ego survivra, heureusement. Je trouve néanmoins le procédé, habituel au Mbc-a, pour le moins discutable. Voilà qui est dit.

Photo (Keystone): Anne-Catherine Lyon, la Madame Culture du canton de Vaud, lors de la donation par sa veuve Françoise Marquet de l'"Hommage à Varese" de Zao Wou Ki.

Texte intercalaire.

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