Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE / Le Mudac sur tous les fronts

"No Name Design". Tout se dit mieux anglais, on le sait, dans le monde de l'art contemporain. La langue de Shakespeare, ou du moins ce qu'il en reste, sonne plus large. Plus chic. Plus international. La nouvelle exposition de salles du rez-de-chaussée, du Mudac de Lausanne, s'intitule donc "No Name Design". Il s'agit tout bêtement d'y montrer de œuvres sans auteur connu.

Elle se révèle en fait très chouette cette présentation d'objets collectés, comme on dit pour les arts tribaux, par Franco Clivio! Depuis des décennies, cet Alémanique, aujourd'hui âgé de 71 ans, parcourt les Puces, les supermarchés et les magasins. L'homme en ressort les bras chargés d'outils ingénieux, facilitant la vie de leurs usagers. Ils se plient (les objets, bien sûr). Ils ont plusieurs fonctions. Ils sont simples et sans risques à utiliser. Le contraire, quoi, du presse-citron de Philippe Starck. Celui qui vous envoie du jus acide dans l’œil, après avoir taché votre table de cuisine.

Lunettes en tous genres

Ludique, cette collection, qui va grandissant, développait aussi au départ un but didactique. Clivio a longtemps enseigné à la Schule für Gestaltung de Zurich. Il y montrait à ses élèves comment des anonymes avaient résolu des problèmes, parfois compliqués, avec une étonnante ingéniosité. Il faut voir par exemple (et le mot "voir" ici s'impose!) au Mudac ce qu'on a pu imaginer pour rendre pratiques des lunettes. Et en plus, d'une manière esthétique!

Clivio, qui a conçu a scénographie lausannoise lui-même, a opté pour l'entassement. Les vitrines sont bourrées d'objets. Il y en a plus de mille en tout. Répartis par familles, ils se voient parfois expliqués. Mais rarement. Il faut dire que tout se place ici sous le signe de l'évidence. Quand on allait naguère dans une quincaillerie ou dans un rayon d'arts ménagers, on n'avait pas besoin de se creuser le chou ensuite en lisant dans plusieurs langues le mode d'emploi.

Elucubrations anglo-néerlandaises

Après avoir quitté le rez-de-chaussée, où se trouve désormais aussi une petite salle réservée au bijou contemporain (une bonne idée), le visiteur peut accéder au premier étage, voué au "Mastering Design". La Confédération ayant refusé de continuer à subventionner la présentation au Mudac des lauréats des Prix fédéraux du design, le musée dirigé par Chantal Prod'Hom a en effet décidé de montrer les produits des hautes écoles (existe-t-il de basses écoles, au fait?) étrangères.

La lumière doit-elle venir d'Eindhoven, où se trouvent les usines Philips? Ou alors du Royal College de Londres? Ce sont en tout cas ces établissements qui se sont vus invités. "Ils ont une approche très innovante du design, n'hésitant pas à remettre en question la fonctionnalité des objets en produisant des pièces expérimentales et conceptuelles". Autant dire qu'il s'y fabrique n'importe quoi, à condition, apparemment, que ce soit gros, laid, stupide et inutile, même si le tout se voit placé sous le signe de "l'écologie, de l’immigration et de la santé". On se pince...

Le coup du parapluie

C'est avec un sentiment de colère que l'on quitte l'exposition. Pour tout dire, je me suis senti l'envie, comme le critique gastronomique Jean-Pierre Coffe sortant d'un mauvais restaurant, de m'écrier "c'est de la merde!" et de l'écrire. Mais comme ce blog se loge sur le site d'un journal très convenable, il est clair que je ne me le permettrai jamais. Cerise sur le gâteau, le porte-parapluies du musée m'y poussait pourtant. Naturellement design, il est constellé de petits trous... où se prennent les baleines. L'objet en ressort donc endommagé. Mais que voulez-vous? C'est sans doute ça, le "Mastering Design".

Pratique

"No Name Design", "Mastering Design", Mudac, 6, place de la Cathédrale, Lausanne, jusqu'au 9 février. Tél. 021 315 25 30, site www.mudac.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Photo (Mudac) Quelques objets quotidiens rassemblés par Franco Clivio.



Verres contemporains au Salon des Antiquaires

Coucou, le revoilà! Le Mudac est venu en voisin au Salon de Antiquaires. Ce dernier lui a offert son espace d'exposition à Beaulieu. Vouée aux arts appliqués, l'institution lausannoise succède ainsi au Musée suisse de la mode d'Yverdon et à l'Ariana genevois.

Que montre le Mudac? Du verre contemporain. La chose n'offre rien d'étonnant. Alors qu'il était installé à Villamont et qu'il s'intitulait encore Musée des arts décoratifs, ce lieu (alors dirigé par Rosemarie Lippuner) avait attiré l'attention d'un couple de mécènes demandant l'anonymat. Il désirait former une collection de verreries partant des années 1960. L'époque était aux pièces monumentales, venues de Tchécoslovaquie ou des Etats-Unis.

Quelques pièces d'exception

Le donateur est aujourd'hui décédé. Sa veuve continue. Chantal Prod'Hom, directrice du Mudac, et Chantal Tschumi, conservatrice, peuvent donc suivre la création actuelle. L'exposition au Salon en offre la preuve par 50. Elle coïncide avec la sortie d'un livre, "Le verre vivant" (existe-t-il donc un verre mort?). L'occasion permet au visiteur de voir les pièces. Il y là un Laura de Santillana à la manière de Rothko ou une barque chargée de verre par Philip Baldwin et Monica Guggisberg. On se souvient que le duo a eu son exposition à l'Ariana. L'embarcation y était nettement plus grosse.

Autour de cette présentation centrale, il a donc une quarantaine d'exposants, tous suisses sauf un. La cuvée est inégale. Certains stands dominent par leur inspiration et quelques pièces spectaculaires. Citons l'Ernest Biéler muséal du Genevois d'adoption Charly Bailly, très supérieur aux Valaisannes à répétition que commettra plus tard le peintre, ou l'étonnant ensemble d'argenterie, remplissant quatre caisses, exécuté dans le plus pur Art déco en 1930 par Jean Tétard. C'est Steve Rosat qui le montre. Chez Arnaud Tellier, un grand paysage lacustre du Genevois Léon Gaud prouve que l'homme n'est qu'un nom de rue.

Pour le reste, faites vos découvertes vous-mêmes.

Pratique

"Salon des Antiquaires et des arts du XXe siècle", Palais de Beaulieu, Lausanne, jusqu'au 24 novembre. Tél. 021 643 33 00. Ouvert de 11h à 20h, nocturnes jusqu'à 22h le mardi et le jeudi, dimanche 24 jusqu'à 19h.

Prochaine chronique le lundi 18 novembre. Tout sur "Paris-Photo", une foire aux vanités.

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